Extrait 4 de l’Essai sur le discours du consommateur passif

Il y en a qui ont adopté la voie entrepreneuriale depuis fort longtemps, contournant avec succès les contraintes du système. L’on parle beaucoup de la Silicon Mountain de Buea, avec des jeunes qui montent des entreprises et proposent des services dans le domaine du numérique. Ils recrutent des employés, contribuent à la création des richesses et à la diminution du chômage. Ils n’attendent pas l’Etat.

Il suffit de s’intéresser à leur parcours pour se rendre compte que contrairement à ce que l’on croit, les moyens financiers ne sont pas l’obstacle principal à l’émergence d’un projet. En dehors de cela, il existe bien d’autres initiatives. Selon une sagesse africaine, « On entend les fracas des arbres qui tombent, mais pas le murmure de la forêt qui pousse ».

Nous sommes disposés à mettre l’accent sur le désordre que l’on observe dans notre pays, mais il y a une armée d’entrepreneurs discrets que nous nous refusons à observer et imiter. Leurs produits sont disponibles dans nos magasins, leurs services sont disponibles sur Internet, mais nous préférons mettre l’accent sur ce qui ne marche pas chez nous, et sur ce qui marche ailleurs.

A partir du moment où vous mettez en avant quelques jeunes qui doivent nous inspirer, l’on vous rétorque « tu ne sais pas qui est derrière lui », « on l’a poussé », « c’est une exception », « tu ne sais pas dans quoi il a trempé». C’est un verbiage qui étouffe plus qu’il ne libère, dans la mesure où nous nous auto-imposons des limites avant d’avoir essayé quoi que ce soit. A supposer même qu’il s’agisse d’exceptions, c’est l’addition d’exceptions qui finit par modeler un principe. Il faut donc s’atteler à répliquer ces exceptions, au lieu de penser que la réussite est attachée à certains et imperméable à d’autres.

Le système peut nous affaiblir, mais il ne peut nous terrasser que si nous acceptons notre sort. Au lieu de nous demander « comment font les autres pour réussir dans le même environnement ? », on se répète inlassablement « ce pays tue les jeunes ». Le talent et la faculté de produire sont corrompus par des dispositions psychologiques.

Si certains veulent sous-estimer leurs capacités, ils en ont le droit, mais il devient assassin de vouloir marquer les autres à travers le triste discours selon lequel tout est verrouillé. Tout se passe comme si l’on aimerait que rien ne fonctionne, simplement pour justifier notre échec, tantôt individuel, tantôt collectif, dans tel ou tel domaine. Se dire que malgré l’environnement difficile, il existe quand même des marges de manœuvre, c’est reconnaître que nous faisons partie du problème. Alors, il faut tout assombrir pour pouvoir expliquer sa situation.

D’aucuns peuvent faire le choix de rester spectateurs des résultats des autres, pensant qu’il faut avoir été élu par Dieu pour réussir quelque chose. Nous sommes disposés à croire en des dogmes durant toute notre vie, mais nous refusons de croire en nous et en notre potentiel durant ne serait-ce qu’une heure par jour.

(P.69)

La vie est trop brève pour être petite
Faisons d’elle une balade inédite

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