L’après Covid-19

La pandémie de coronavirus est présentée comme le péril le plus percutant depuis la seconde guerre mondiale, sans doute en raison des substances nocives qu’elle injecte dans les veines de l’économie mondialisée.

Au sein des discours aussi bien des hommes d’Etat que des citoyens ordinaires provenant de continents divers, se détecte l’idée que s’est glissée une fracture entre le monde d’hier et le monde de demain. En clair, rien ne sera plus jamais comme avant.

Ainsi, la situation exceptionnelle que connaît la planète, caractérisée par le confinement de près de la moitié des humains, les désordres de l’économie et du commerce, et la mutation involontaire des habitudes quotidiennes, devrait nécessairement réformer le monde. De manière irréversible.

L’idéal serait effectivement que l’Homme se rende compte de l’essentiel. Toutefois, si l’on parle de l’idéal, c’est précisément parce qu’il est inatteignable.

Les hommes ont la mémoire courte, à l’instar de cet enfant nouvellement paralysé, qui, incapable de se mouvoir comme jadis, implore infatigablement la providence, afin de retrouver l’usage de ses facultés motrices, en se promettant que si son calvaire prenait fin un jour, il s’interdirait les vilénies d’auparavant, comme par exemple brimer ses camarades, ou profaner les instructions parentales.

Les jours se succèdent, et voilà donc que la providence prête enfin une oreille attentive à ses supplications, et lui attribue à nouveau le permis de manipuler ses jambes. Transporté par l’euphorie d’une seconde vie, au tout début, il concrétise ses résolutions avec une énergie aussi remarquable qu’inhabituelle.

Cependant, au fil des semaines, ces résolutions perdent graduellement de leur vigueur originelle, tout comme diminue fatalement l’affection pour un être anciennement aimé, jusqu’à la phase terminale : l’oubli.

Les hommes sont, à l’image de ce paralytique, collectivement pourvus d’une éternelle  mémoire courte. La vie moderne, modelée par les injonctions capitalistes, reprendra inexorablement ses droits après l’essoufflement de la pandémie.

La talentueuse industrie publicitaire saura raviver dans les esprits l’urgence d’acquérir des biens et services non nécessaires, la demande autorisera les entreprises à réembaucher, la plupart des hommes, harcelés par les hurlements de leurs besoins primaires, quitteront à nouveau leur domicile au lever du jour, afin de quérir de quoi survivre, et nous nous éloignerons des considérations philosophiques qui nous habitent actuellement, sur l’essentiel dans la vie.

Les impératifs quotidiens distendront de nouveaux les liens sociaux présentement resserrés, les systèmes de santé ne seront pas mieux aménagés sur la durée, le rapport au profit ne sera pas repensé, le sens de la vie encore moins revisité.

Extrait de Journal d’un Confiné. 📖

 

Agréable weekend à tous, même à ceux qui, depuis quelques semaines, sont en week-end tous les jours. 😉

 

La vie est trop brève pour être petite

Faisons d’elle une balade inédite

© M²CD

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