Prologue de l’Essai sur le discours du consommateur passif.

« Le rôle critique de l’écrivain ne peut pas, et ne doit pas être identifié avec on ne sait quelle subversion politique, économique, sociale ou religieuse. L’écrivain ne cherche pas à faire la critique pour la critique, ni à démolir pour le simple plaisir, mais l’écrivain cherche toujours l’homme qui vient après l’enfant, la vie qui vient après la mort, le jour qui vient après la nuit. » Engelbert MVENG

Des observations et de nombreuses discussions avec des compatriotes, parmi lesquels des jeunes, m’ont conduit à générer ce livre dès mars 2017. Il m’a semblé nécessaire de franchir le pas, tant j’ai été troublé par la façon dont certains Camerounais en général, et une certaine jeunesse en particulier, appréhendent de façon permanente notre présent et notre avenir commun.

J’ai voulu donner ma modeste opinion, dans la mesure où il m’était devenu de moins en moins supportable d’entendre toujours le même discours, tant victimisant et dépassé que simpliste et malsain, sans pouvoir y apporter une réponse plus formelle. Cet essai se propose de dépeindre ce que je considère comme une tare fondamentale. Cette-dernière est, selon moi, un puissant frein à l’épanouissement individuel, et fatalement à notre émancipation collective.

Avant d’entrer en contact avec le contenu de l’ouvrage, un préalable est nécessaire. Il me parait impératif de préciser ce que ce texte n’est pas. Il n’est pas une critique de l’Etat. S’il y en a qui appréhendent ma démarche comme un énième procès fait à nos dirigeants, je ne répondrai probablement pas à leurs attentes. Se focaliser sur l’activité gouvernementale ne me paraît pas utile dans ce cadre, tant notre presse le fait avec acuité au quotidien.

De nombreux travaux scientifiques aussi abordent les carences de notre système gouvernant. Il serait superflu de pointer du doigt des éléments que tout un chacun peut observer et décrier de façon régulière. Ce serait un exercice répétitif et soporifique. Ce texte n’est donc pas adossé sur cet angle d’analyse. Je me propose de mettre les projecteurs essentiellement sur les citoyens ordinaires. Cette catégorie est trop souvent oubliée lorsque des débats portent sur notre progrès commun, et c’est elle que j’ambitionne d’interroger en substance tout au long de ce travail.

Par ailleurs, ce livre n’est pas un traité scientifique. A aucun moment je ne revendique sa neutralité. Il est éminemment partisan. Je n’ai pas pu résister à la tentation de consulter quelques penseurs et sources. Toutefois, il serait déloyal de se dissimuler derrière la science pour afficher une pseudo-objectivité. J’ai entamé ce travail avec des a priori qui demeurent, et il serait peu scrupuleux de ne pas en aviser le lecteur. Cet essai traduit mon point de vue sur la nature d’un discours présent dans la société camerounaise dans de nombreux domaines. Je l’appelle le discours du consommateur passif.

Cette expression m’a été inspirée par une image. Cette image, c’est celle d’un individu qui se plaint de la mauvaise qualité d’un bien/service, mais qui continue de l’acheter régulièrement, et donc, d’enrichir le producteur de ce bien/service. Il ne fait absolument rien d’autre que subir et se lamenter. Cette image à forte connotation économique est appliquée au champ sociopolitique dans ce travail. Le discours du consommateur passif peut sembler décousu, mais lorsque l’on s’essaie à l’analyser, il se révèle très cohérent, bien que dommageable à tous. Il a plusieurs variantes, qui tournent autour de l’idéalisation de l’autre, de la critique permanente de soi-même, et de l’auto-exclusion de la résolution de son problème.

D’après Kurt Lewin « Le tout n’est pas la somme des parties ». Lorsque je dis « nous » tout au long de cet ouvrage, cela ne renvoie pas à l’ensemble des jeunes, camerounais, africains, pris individuellement, mais à une conscience particulière. Cela renvoie au discours d’une certaine couche de concitoyens. Il s’agit donc d’une réalité particulière que j’ai observée, et qui ne saurait être élargie à l’ensemble des Camerounais. Je n’ai pas la prétention d’en être totalement exclu. Par commodité, j’emploie ce « nous », car le discours dont il est question a un impact sur toute la société.

Ce texte est un recueil de réflexions dont certaines sont beaucoup plus anciennes que d’autres. J’ai essayé autant que faire se peut de les rendre cohérentes. Le discours du consommateur passif est mis en musique à travers trois thèmes. Je m’intéresse plus au discours observé dans ces différents domaines, qu’à ces domaines en particulier. J’espère donc que le lecteur ne m’en tiendra pas rigueur.

De prime abord, je m’étends sur la « démocratie » et le « développement », termes incontournables à chaque fois qu’une discussion politique est engagée (Chapitre I). Ensuite, j’insiste sur la question religieuse, d’une délicatesse que l’on ne présente plus (Chapitre II). Enfin, j’aborde l’inactivité des jeunes diplômés, une préoccupation majeure dans notre société (Chapitre III).

En règle générale, lorsque des opinions font l’unanimité, c’est soit parce que la pensée de l’auteur n’est pas assez claire, soit parce que tout le monde n’a pas assez réfléchi. Cet ouvrage s’adresse particulièrement aux jeunes camerounais, avec l’espérance timide qu’il soit davantage un prétexte pour des débats constructifs qu’un objet de vaines controverses.

La vie est trop brève pour être petite
Faisons d’elle une balade inédite.

© M²CD

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