Extrait 1 de l’Essai sur le discours du consommateur passif.

Les systèmes que nous admirons ne créent pas ces camps – riches/pauvres, bons/mauvais – fondamentalement pour nous nuire, mais pour rassurer leurs peuples, et surtout pour apaiser les couches les plus défavorisées chez eux. L’ouvrier français est incapable de faire les boutiques aux Champs Elysées, mais il peut tout au moins sillonner les rues où sont installées ces boutiques. Ces-dernières sont dans son pays ; et il ne voit en provenance de l’Afrique que la maladie et la guerre à la télévision. Il a donc de quoi se sentir privilégié, même dans sa misère. Il existe bien des américains qui vivent dans la pénurie et doivent passer par des trafics de toute sorte pour survivre. Mais les prix Nobel et les technologies avancées se trouvent chez eux, tandis qu’ils assimilent l’Afrique aux enfants aux silhouettes squelettiques que l’on repasse en boucle dans leurs espaces médiatiques. Le message subliminal qui est passé aux couches modestes de ces pays dits riches est le suivant : « votre situation n’est pas la meilleure, mais regardez les images et les reportages d’ailleurs ; au fond, vous n’êtes pas à plaindre, soyez reconnaissants du peu que vous avez, car d’autres pourraient tuer pour l’avoir ; vous êtes du bon côté ».

Si seulement ce schéma prenait fin à ce niveau, ce ne serait pas un souci majeur pour nous. Hélas ! Nous avons dans une large mesure ingurgité la pensée raciste venant de l’étranger, et nous la traduisons dans nos paroles. Des réflexions étonnantes – et c’est un euphémisme – en 2017, faites par des Camerounais contre eux-mêmes. « L’homme blanc est plus intelligent que l’homme noir », des diplômés d’universités le répètent à l’envi, on s’interroge sur ce que le «fer de lance de la nation » pourra bien défendre. Une fois cette catégorie au pouvoir, il ne faudrait donc pas s’étonner de ce que des conseillers, cabinets étrangers, viennent mener le travail stratégique en vue du développement du Cameroun. On croirait entendre Arthur de Gobineau qui théorisait déjà sur l’inégalité des races il y a deux siècles. Il est permis de penser que le véritable danger est dans nos murs. Que des Blancs s’estiment supérieurs simplement parce qu’ils sont Blancs, au fond, ce n’est pas si problématique : peu de choses se reproduisent aussi aisément que la bêtise humaine. Nous ne devons même pas nous en préoccuper.

Mais que des Noirs eux-mêmes s’estiment inférieurs, ce n’est pas de la bêtise, pire, c’est une aliénation aussi imprudente pour le concerné que pour la collectivité. Le concerné se conditionne psychologiquement pour être toujours soumis, piétiné, avant même de monter sur le ring. L’issue du « combat » n’est donc un secret pour personne. Le bête, lui, a bien souvent l’excuse de l’ignorance ; il se peut même qu’on le raisonne avec le temps. Mais l’aliéné, lui, quoi qu’on lui dise, et malgré les évidences, s’enferme dans une auto-discrimination morbide.

La vie est trop brève pour être petite, Faisons d’elle une balade inédite.

© Cyrus D. Mbengue

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