A quand le prochain prétexte pour exposer notre nature ?

Encore une publication portant sur le tribalisme. La deuxième consécutive. Je pense que cette répétition démontre à suffisance l’atmosphère dans laquelle baigne l’espace public camerounais ces derniers temps. On dirait que toute actualité est désormais un prétexte pour libérer nos instincts tribaux.

La destruction d’un monument, une aubaine

La dernière en date concerne l’acte malheureux posé par les Chefs du Canton Bell. La question n’est pas le scandale en tant que tel, mais la façon dont on répond au scandale. Jean Cocteau disait : «Il y a ce qu’on fait de toi. Il y a ce que tu fais de ce qu’on fait de toi. » A chaque fois que des comportements de cette nature émergent, on préfère sombrer dans la généralisation.

Des batailles de pouvoir et d’égo entre élites poussent des individus à poser ce type d’actes de manière régulière chez nous, et il y en a toujours qui réussissent l’exploit d’agiter la fibre tribale. Par-dessus tout, ils veulent y trainer des communautés entières. Aujourd’hui, c’est le monument Um Nyobe, demain, ce sera autre chose.

Le bon vieux « les duala ont vendu le Cameroun aux Allemands, ils ne sont bons qu’à vendre les terrains pour un séjour en Europe » a regagné du poil de la bête. Les duala qui sont incapables de faire ne serait-ce qu’un tour de leur département une fois par an doivent bien être amusés.

Encore un toujours l’essentialisation

Il n’y a rien à généraliser, car c’est ainsi que la haine tribale se perpétue. Avec des préjugés. Des idées reçues. On peut faire sans. Généraliser, c’est tourner le dos à la réflexion, et accepter la facilité. J’aime toujours prendre l’exemple du racisme pour mieux illustrer l’impuissance des généralisations.

Si un Noir à l’inconsistance intellectuelle avérée est pris par les sociétés blanches pour soutenir le fait que notre race est incapable, nous enrageons tous. Mais lorsque nous sommes chez nous, nous trouvons normal de donner à des communautés entières des traits peu flatteurs et communs à tous leurs membres.

Un acte des chefs d’un canton duala débouche curieusement sur un conflit ethnique, par une gymnastique que je ne m’explique toujours pas. Les Chefs traditionnels ont certes une autorité sur leur communauté, mais tous les duala ne sont pas comptables des actes que prennent ces Chefs. Et même si l’on trouve des duala qui essayent tant bien que mal de justifier ce geste, trouver des duala qui s’en offusquent n’est pas la chose la plus difficile du monde.

Cultiver le vivre-ensemble, c’est aussi reconnaître les individus et leur aptitude à agir et réfléchir par eux-mêmes, au lieu de les enfermer en toute circonstance dans la prison de la tribu, prison dans laquelle on a l’impression qu’ils ne peuvent se libérer. Nul n’est responsable des actes discutables de son « frère ».

Un Atangana gagnant correctement sa vie, ne doit pas se sentir en danger parce qu’il a le malheur d’être du même village que son homonyme ancien ministre désormais à Kondengui. Un Mbappe ne doit pas non plus devoir s’excuser ou se justifier parce que son voisin au village a tailladé un monument.

Libérer l’individu du poids de la communauté

Je suis duala et bassa, et aux dernières nouvelles, avant ma naissance, l’on ne m’a pas demandé de remplir un formulaire pour choisir la tribu de mes parents. Il y en a qui ont dit avoir honte d’être duala après la destruction du monument de Um Nyobe. Je n’ai ni à avoir honte, ni à être fier d’appartenir à telle ou telle ethnie, peu importe la circonstance. Les actes de mes « frères » ne m’engagent et ne m’engageront jamais en rien, qu’ils soient positifs ou non.

Nous sommes tous attachés à nos communautés, et ce n’est pas une mauvaise chose en soi. Cependant, l’éducation que nous avons reçue est teintée de tribalisme, même si nous refusons hypocritement de le reconnaître. Ce genre de scandale a au moins le mérite de faire ressortir la laideur de nos pensées : les duala sont… les Bamiléké sont… les Bassa sont… les Béti sont… Ce qui suit les points de suspension est quasiment toujours négatif. Je laisse à chacun le soin de terminer ces bouts de phrases.

Il y a un quart de siècle, Maurice Kamto déclarait  : « Car nous devons reconnaître qu’il n’y a pas d’ethnie génétiquement tarée ou mauvaise, ni d’ethnie génétiquement parfaite et bonne. Il n’y a que des individus crapules ou honnêtes, paresseux ou travailleurs. Chaque groupe socio-culturel contient ce qu’il y a de meilleur et de pire parmi les humains ». Si nous avions cette idée à l’esprit, nous ferions l’économie d’un nombre incalculable de débats marqués par une violence inutile.

La vie est trop brève pour être petite
Faisons d’elle une balade inédite

©M²CD

Lire aussi

Doit-on vraiment être « noir et fier» ?

L’exemple de Charles Richard Drew.

« Ce sont les choses des Blancs !» 😡😡😡

Lettre à ma peur et à mon angoisse.