Abus sexuels au sein de l’Eglise Catholique, bis repetita

Le problème relatif aux abus sexuels au sein de l’Eglise Catholique est d’une nauséabonde récurrence. Il existera encore longtemps, pour la simple raison que les intérêts de la communauté Catholique vont dans le sens du statu-quo. Je vais  développer cette thèse en 3 points : le mariage des prêtres, l’universalité de l’Eglise Catholique et le statut du prêtre.

1-Le mariage des prêtres

Il s’agit d’une proposition présente au sein de l’opinion publique internationale depuis des années. Cette réforme fait sens. Etant donné que les prêtres sont avant tout des hommes, ils abritent des besoins sexuels, et le fait de les priver de femmes a pour conséquence de dévier ces besoins ailleurs. Cet ailleurs est nécessairement sombre, parce qu’il est interdit aux prêtres de dévoiler leurs sentiments amoureux ou libidineux dans la lumière, au vu de tous.

Les différents types de transgression

Certes, il y en a qui ne s’embarrassent pas de l’interdit, et qui vivent leurs passions de manière dévoilée. Ils disposent d’amantes qu’ils visitent régulièrement, leur faisant même parfois cadeau d’une progéniture.

Les abus sexuels,  – sur les enfants/les Soeurs –  dans bien des cas, concernent les autres. Ceux qui tiennent à ce que la haute opinion d’homme d’Eglise que la communauté leur renvoie, demeure intacte. Ils ne peuvent donc pas courtiser des adultes extérieurs à leur communauté, adultes qui peuvent les repousser, et ébruiter l’affaire.

Dans le même temps, le corps a ses exigences qu’il faut satisfaire. C’est à ce moment que les pauvres enfants font irruption dans ce film d’horreur. Ils sont fragiles, manipulables, et avec eux, il y a l’avantage du secret. Lorsqu’ils subissent des attouchements, ils ne réalisent pas ce qui se passe, et l’autorité morale des prêtres suffit à les rassurer de ce qu’il n’y a rien de mal dans la manœuvre.

Comme souvent lorsque l’on veut légitimer quelque chose de sinistre vis-à-vis d’un croyant, c’est la prétendue volonté de Dieu que l’on agite. L’enfant étant de toute façon auprès du prêtre parce qu’il aime un Dieu qu’il ne voit pas, il n’a aucune raison de douter de l’envoyé de Dieu qu’il voit.

– J’aurais bien voulu mener un développement sur le fait que l’enfant aime un Dieu qu’il n’a pas choisi, mais ce n’est pas le sujet, et je me fâcherai probablement avec mes amis chrétiens. Ou plutôt, ils se fâcheraient contre moi. Prochainement, promis. –

Les Soeurs, elles, sont beaucoup plus matures que les enfants. Le viol d’une Soeur est particulier dans la mesure où il ne s’agit pas seulement de briser un être humain, mais aussi et surtout de détruire son idéal de pureté virginal. Contrairement aux enfants, les Soeurs sont pleinement conscientes de ce qui se passe, mais vers qui se tourner sans souiller leur choix de vie à jamais ?  Et même, le corporatisme des prêtres est le tombeau de toute tentative de plainte. Là aussi, le secret est a priori bien gardé, sauf cas de grossesse.

Le mariage des prêtes résoudra-t-il le problème

J’ai lu çà et là, des interventions laissant entendre que le mariage des prêtres n’est pas la solution. Les arguments y relatifs étaient pertinents et imagés, à tel point que je prends plaisir à les rappeler : « Il suffit d’allumer la télévision de temps en temps, pour se rendre compte de ce que la pédophilie existe aussi en dehors de l’Eglise » ; « Ce n’est pas en instituant la polygamie que l’adultère disparaîtra »… Ces points de vue soulignent le fait que la validation du mariage des prêtres ne supprimera pas les abus, ce qui est correct.

Toutefois, l’erreur est de penser qu’une solution a nécessairement pour but de résoudre entièrement un problème. A défaut d’éradiquer une épidémie, on peut la canaliser. Le mariage des prêtres permettra de désorienter les pulsions sexuelles inappropriées vers des relations saines. Pas toutes, certainement. Il y en a pour qui la pédophilie est un péché mignon, et ils ne s’en détourneraient point, même en échange de tout un harem de Nicki Minaj.

 Il fut un temps où les prêtres avaient le droit de se marier, et il est bien lointain. Les conciles de Nicée (325), de Latran (1123) et de Trente (1145) ont détricoté progressivement leur droit de vivre des relations charnelles comme tout être humain.

Au-delà des raisons philosophico-morales qui ont été développées par des théologiens pour justifier le célibat, il y a la question de l’héritage – c’est toujours une affaire d’argent –

Le fait est que si les prêtres disposaient d’une progéniture pouvant réclamer de manière légitime les biens de leurs parents, le patrimoine de l’Eglise s’en trouverait secoué. Il est donc préférable, pour l’intérêt de cette institution, que les prêtres ne fondent pas de familles formelles, afin que les droits de succession y relatifs ne puissent causer des démangeaisons au porte-monnaie du Vatican.

2- L’universalité de l’Eglise

L’une des obsessions de l’Eglise Catholique, c’est son universalité. En clair, le Christ est la solution aux maux de tous. Dès lors, il faut répandre sa parole. Seulement, pour mettre sur pied une telle stratégie,  une ressource humaine kilométrique est inévitable. Des hommes d’Eglise doivent être aux quatre coins de la planète.

Dans ce cas de figure, est-il encore simple de procéder à une sélection rigoureuse du personnel ecclésial ? Et lorsqu’on sait que l’une des difficultés de l’Eglise actuellement est la crise des vocations, doit-on encore être surpris du tout-venant que l’on y rencontre ?

D’inéluctables recrutements

Parce que l’Eglise a besoin de troupes de plus en plus nombreuses – augmentation de la population mondiale oblige, surtout en Afrique et en Amérique Latine –, elle amasse en son sein des hommes qui n’ont pas les dispositions nécessaires pour cet idéal – qui n’existe que dans les livres -. Résultat des courses, des prêtres ne s’accrochent à l’Eglise que parce qu’ils sont conscients des avantages financiers et du statut que leur confère leur mission.

Les loups étant dans la bergerie, des abus peuvent être commis sur des enfants/Sœurs en toute impunité. – il existe bien évidemment des Sœurs qui n’ont pas besoin qu’on les contraigne à quoi que ce soit, car elles-mêmes sujettes aux mêmes carences  –

Comme je le disais plus haut, les intérêts financiers ne sont jamais très loin. Plus il y a de prêtres, plus l’on peut construire des paroisses, plus les fidèles se mobilisent, plus le produit des quêtes est satisfaisant.

La nécessité d’un arbitrage

Il faut donc faire un choix entre d’une part la sélection rigoureuse des prêtres, qui entraînera nécessairement une réduction des effectifs, et d’autre part la réduction de l’expansion de l’Eglise, entraînant des baisses de recettes. Je n’ai pas l’impression que les structures dirigeantes de l’Eglise y voient un choix cornélien, au contraire.

Un documentaire de France 2 traitant de la question des abus sexuels au sein de l’Eglise Catholique nous renseignait il y a quelques mois de ce que dans bien des cas, lorsque des scandales de ce type éclatent en interne, en guise de sanction, l’on ne fait que réaffecter tel ou tel prélat sur un autre continent. Ce n’est que lorsque le scandale devient public que des excuses et des démissions sont présentées, ou des enquêtes internes annoncées, à grand renfort de caméras.

Il est peu probable que l’Eglise se décide à épurer ses troupes. Depuis trop longtemps, elle a décidé de s’enfermer dans une omerta digne d’une mafia de haute facture.  Dix mille fois sur mille, elle préfère protéger l’image de l’institution, aux dépens des souffrances des victimes.

Qu’à cela ne tienne, il est important de remarquer que le fait qu’il y ait des fuites au sein de l’Eglise nous renseigne aussi de ce qu’il existe  – et heureusement – des prêtres vertueux qui sont agacés par les dérives de leurs collègues.

3-Le statut du prêtre

Ce point est particulier, parce qu’il touche à la conception que des – article indéfini – fidèles ont de l’homme d’Eglise. On le sait faillible, mais quand-même au-dessus des autres. Une parole critique à l’endroit d’un évêque est vécue presque comme une trahison par certains.

La société – je ne parle pas des autorités – a permis cela. Ainsi, même lorsqu’un homme d’Eglise commet quelque chose de grave au sein de sa communauté, il n’est considéré comme un justiciable ordinaire. Il bénéficie d’une protection sociale assez particulière.

On préfère fermer les yeux – ou ne pas les ouvrir entièrement – , parce que c’est lui qui a procédé au mariage d’un fils, au baptême d’un neveu, à l’ordination d’un frère… En somme, parce que c’est l’envoyé de Dieu à qui l’on confie sa vie spirituelle, et plus si affinités. Au nom de la foi, on le défend bec et ongles, lui  le messager du Christ.

Nos dirigeants eux-mêmes, pour beaucoup croyants, vouent la même fascination aux hommes de Dieu. Dans un environnement comme celui-là, il est difficile d’être ferme lorsque des abus sont constatés, à moins que des proches ne soient véritablement concernés.

Dans le contexte marqué par les trois déterminants susmentionnés, ce n’est pas demain que les Sœurs et les enfants pourront évoluer plus sereinement au sein de l’Eglise Catholique. Et je ne suis pas certain que la solution réside dans la prière.

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©M² CD

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