Candidature unique de l’opposition… Un peu de politique-fiction

Lors d’articles précédents, j’ai donné mon opinion sur l’issue finale de l’élection du 07 octobre prochain. A mesure que le temps passe, je suis conforté dans l’idée qu’il n’y aura aucun changement à la tête de notre pays dans quelques semaines.

Cependant, il m’importe de donner mon humble avis sur la manière dont l’espace politique se structure, se déstructure, et pourrait se structurer d’ici le 07 octobre.

Les têtes fortes de l’opposition

Il y a clairement – de mon point de vue – 4 candidats de l’opposition qui se démarquent, et se posent comme les challengers les moins fébriles – je ne dis pas les plus sérieux, car avec le fichier électoral timide que nous avons actuellement, aucun d’eux ne peut à lui tout seul inquiéter la machine RDPC –

(Ne surtout pas tirer des conclusions hâtives à travers la position chronologique des différents candidats. C’est l’ordre alphabétique qui a primé.)

1- Kamto Maurice

L’universitaire et intellectuel, technicien du droit international que l’on ne présente plus, et président du MRC. Il a pu bénéficier des ralliements de partis et hommes politiques en vue sur la scène camerounaise, à savoir l’aile de l’UPC de l’Ouest, ou encore Mme Ndoki Michèle et M. Njamen Célestin.

2- Libii Cabral

Juriste et chroniqueur, il s’est taillé une place dans l’espace public grâce à ses multiples interventions critiques dans les médias depuis quelques années. Fondateur du mouvement Onze Millions de Citoyens (OMC), il a réussi à se faire investir par le Parti Univers piloté par M. Nkou Mvondo, et a vu sa candidature être validée, quelques mois après son irruption dans le champ électoral.

3- Muna Akere

Avocat international,  il est titulaire d’un carnet d’adresses que beaucoup lui envient. Fondateur du mouvement Now, il a pu engranger le soutien de formations et d’hommes politiques. Ainsi, sept partis, parmi lesquels l’AFP de Mme Sadio Alice, l’UPC de Mme Habiba Issa, le MANIDEM de M. Dieudonné Yebga, se sont alignés à ses côtés. M. Maboula Jacques, actuel maire de Yabassi, a aussi rejoint ses rangs. C’est le FDP de M. Doukou Daman qui l’a investi comme candidat.

4- Osih Joshua

Il est multi-entrepreneur dans le domaine de l’aviation, premier vice-président du SDF, et vice-président de la commission des finances de l’Assemblée Nationale.

S’il n’en faut qu’un, lequel choisir ?

L’un des débats les plus récurrents de ces dernières semaines est celui relatif à la coalition. Le débat est élancé et complexe, mais la question est courte et simple : « Quel est le candidat qui serait à même de défaire le Chef de l’Etat sortant ? »

Entre conflits de leaderships, mésentente au sujet des critères et de la procédure à adopter pour déterminer l’élu, la réponse à cette simple question n’arrive pas à être trouvée de manière collégiale.

Il y a parallèlement à cette incapacité à trouver un consensus autour d’un nom, des contradictions violentes au sein des factions de l’opposition. Peut-être d’ailleurs que ces oppositions à l’intérieur de l’opposition sont l’un des poisons qui empêchent l’émergence d’un candidat unique.

Deux candidats particulièrement clivants

Les candidats Kamto et Libii concentrent à eux deux, quasiment toute l’énergie dans l’espace politique camerounais – le Chef de l’Etat sortant est exclu de cette analyse – Chacun de ces candidats est desservi par une frange de partisans qui paralysent l’espace public avec des invectives et des contre-vérités, dans le seul but d’abattre l’adversaire à l’intérieur de l’opposition.

Il suffit de s’intéresser aux appellations utilisées par les uns et les autres : « Kamtoto» – la figure de Toto est connue de tous –, ou les « Kamtoliques » pour les anti-Kamto primaires, « les Cabris » – le cabri est un animal – pour les anti-Libii primaires.

Le caractère péjoratif et l’animosité qui font semblant de se cacher derrière ces dénominations exposent le niveau auquel se situe le débat. On voit mal comment de telles personnes pourraient collaborer si d’aventure une candidature unique de l’opposition est définie.

L’élection, une affaire de soutiens globaux

L’élection est faite d’abord par les militants, et non les candidats. Si M. Kamto est l’élu, il faudra que les partisans de M. Libii le soutiennent afin qu’il l’emporte, et inversement, au cas où il s’agit de M. Libii. Et avec la configuration actuelle, c’est un doux rêve.

Tout se passe comme si des militants qui disent vouloir le changement, ne cherchent qu’à positionner leurs leaders respectifs comme des Chefs de l’opposition. Leur souci n’est pas véritablement de faire battre le président sortant, mais de s’assurer qu’aucun candidat de l’opposition n’ait plus de voix que leur champion.

Si d’aventure, il fallait un candidat unique de l’opposition capable de faire prospérer les forces du changement, MM. Kamto et Libii ne sauraient être aptes à la tâche. Non pas parce qu’ils n’ont aucune aptitude. Chacun d’eux a déjà pu démontrer qu’il a des arguments à faire valoir. Simplement, ces deux figures sont trop clivantes. Trop déchirantes pour l’opinion.

Des factions oppositionnelles prêtes à en découdre

Leurs camps respectifs exploitent chacun la moindre faille pour mutuellement se décrédibiliser, et ne font qu’affaiblir l’opposition. Un marché de 89 millions remporté par le cabinet de M. Kamto devient subitement une affaire de 14 milliards.

Une manœuvre politicienne pendant un débat transforme M. Libii en « petit épicier » et « imposteur ». Les énergies sont concentrées pour se déchiqueter entre potentiels collaborateurs – en vue d’une coalition –, et pendant ce temps, le pouvoir boit du petit lait en observant le ridicule grandir. Vous avez sans doute d’autres exemples pour illustrer l’affrontement permanent entre anti-Kamto et anti-Libii primaires, et même au-delà. La plupart du temps, que des bassesses. Aucun argument logique.

Ni M. Kamto, ni M. Libii, face au Chef de l’Etat, ne pourraient faire l’affaire, car ils ont une flopée de détracteurs farouches qui préfèrent largement le statu quo à leur élection.

Quelle est la figure la plus consensuelle ?

Pour définir la candidature unique, il s’agit de savoir qui peut le mieux fédérer les forces contraires qui veulent quelque chose de neuf. C’est le pragmatisme qui doit trancher. En aucun cas le sentimentalisme.

M. Akere et M. Osih sont beaucoup moins clivants pour l’opinion. Est-ce que cela signifie qu’ils n’ont pas de détracteurs ? Bien sûr que non. Ils sont simplement beaucoup plus aptes à rassembler les forces du changement que les deux précédents.

Par ailleurs, entre MM. Akere et Osih, le second a un avantage indéniable sur le premier. Il a d’ailleurs cet avantage sur tous les candidats de l’opposition : il est investi par le principal parti d’opposition.

Le SDF dispose de plus d’élus et de plus de vécu au plan électoral. En termes de suffrages exprimés, le SDF est le parti le plus puissant dans le camp du changement depuis la présidentielle de 1992. Il va sans dire que ce sont les autres forces politiques qui devraient lui prêter main forte pour qu’il se renforce lors de la future élection.

La logique pure voudrait que ce soit l’appareil politique qui a le plus de chances de rabattre les cartes du jeu politique camerounais, qui soit la tête de file des forces du changement, si tant est que c’est le changement qui motive vraiment les acteurs.

Candidature unique de l’opposition, une chimère

La probabilité d’avoir un candidat unique de l’opposition, ou du moins, une coalition d’une partie des candidats autour d’un nom, est proche de zéro, et peut-être même en dessous. Qui vivra verra, a-t-on coutume de dire.

On me dira que je n’ai pas parlé d’expérience ou de programme politique, ce qui est exact. Je n’en ai pas parlé parce qu’au fond, ce n’est pas ce qui intéresse la grande majorité des électeurs. J’en veux pour preuve que la plupart d’entre nous n’avons parcouru ni les trajectoires individuelles, ni les programmes politiques de tous les candidats.

Cependant, nous entretenons de la sympathie pour au moins un candidat, et savons à peu près pour qui bat nôtre cœur partisan. Et si l’on se mettait à décliner les différentes offres des 4 candidats susmentionnés, on verrait qu’ils se rejoignent sur bien des points.

Une pensée pour le Mpodol Um Nyobe Ruben, brutalement assassiné il y a exactement 60 ans.☝

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© M²CD

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