Chroniques sur le marché du mariage (II) : la filière de la Friendzone

Chronique II sur le marché du mariage

Pour avoir une meilleure compréhension de ce texte, il convient de prendre connaissance des évènements déroulés lors de l’épisode précédent.

Cette précision étant faite, examinons la suite de cette série sur le mariage.

Dans quelle mesure la friendzone peut-elle être la voie royale vers le mariage ?

S’il fallait représenter la friendzone par une métaphore, on pourrait estimer qu’elle ressemble non pas à un lieu uniforme, mais à une inégalité géographique. La Friendzone est constituée de deux grandes pièces : une zone grise et une zone noire.

La zone noire

 Le climat y est rude et méprisable. Dès l’instant où on y entre, il n’existe point de possibilité d’émerger. Il s’agit d’une zone de certitude. C’est d’ailleurs l’essence de ce lieu, au sein duquel tout changement est proprement irréalisable. Lorsqu’une personne y a installé son semblable, mille ans sur terre à ses côtés ne lui feraient pas modifier son statut.

La zone noire est sans issue, à l’instar d’une prison de sécurité maximale. Même l’entière coopération de Michael Scofield ne suffirait pas à délivrer qui que ce soit de ce sombre endroit. En clair, lorsqu’une personne propulse son semblable dans ce compartiment, cela suppose que la seule option qu’elle lui offre – et lui offrira toujours, à quelques exceptions près – réside dans l’amitié. Le mariage ? Il faut éviter d’y penser.

Le moins plaisant dans l’affaire, c’est que l’on ignore souvent que la messe est dite, et que, plutôt que de développer d’inutiles stratégies d’évasion, il serait émotionnellement moins coûteux de déclarer forfait. Se débattre n’est nullement fructueux. Hélas, l’esprit de lucidité est dans ces cas, nettement moins vigoureux qu’à l’accoutumée.

La zone grise

Puis, se dresse la zone grise. C’est elle qui nous préoccupe véritablement aujourd’hui. Le climat qui y sévit n’est pas idéal, mais il n’est pas non plus intolérable. Et comme vous l’imaginez sans doute déjà, la sécurité de ce lieu n’est pas aussi rigoureuse que dans la zone précédemment décrite.

Derrière le ‘’C’est juste un (e) ami (e)’’, se cache intérieurement un ‘’peut-être que s’il n’y avait pas eu (…) on aurait pu.’’ Et c’est là, le grand désaccord avec la zone noire : la zone grise est celle de l’incertitude. Du possible. Toutefois, ce qui durcit l’équation, c’est que l’on n’a pas accès à cette information. On ne sait pas que se promène dans l’organisme de l’autre, quelque probabilité de modifier son statut. Sur cet aspect spécifique, la zone grise n’est pas très distincte de la zone noire. 

Au sein de relations amicales entre personnes de sexes différents – et hétérosexuels -, apparaît presque toujours un moment, aussi court soit-il, où au moins une des parties envisage des rapports plus qu’amicaux. Lorsque les deux amis l’envisagent, la zone grise est ainsi créée.

Cependant, dans bon nombre de cas, on conserve cela par devers soi, probablement par crainte de décomposer la relation amicale. L’inquiétude de dévoiler une prétention unilatérale, et de contribuer à affaiblir une amitié, paralyse tout mouvement. Parce que lorsque le secret reste logé dans le cœur, rien n’est perdu. La complicité demeure intacte. Mais dès l’instant où l’affaire s’échappe du cœur vers la bouche, puis de la bouche vers la conscience de l’autre, et que de surcroît l’attirance n’est pas partagée, la fracture peut faire son lit. On redoute cette conclusion, alors on s’impose le silence.

Il est par conséquent permis de découvrir des amis qui s’aiment plus qu’ils ne le devraient. De manière clandestine. Chacun entretient des relations amoureuses de manière parallèle, enfouissant ses sentiments refoulés dans le dépôt de sa mémoire. Au cours des séances de confidence, les deux protagonistes se renvoyant mutuellement une image d’amoureux épanouis au sein de leurs couples respectifs, s’adressant même des conseils s’il le faut, le statu quo se pose comme une évidence.

Les déterminants d’une union

Dans cette configuration, il n’existe que deux réalités pouvant conduire à une sortie heureuse : le poids de l’âge et le désert sentimental.

La patience est une donnée difficilement contournable dans ce schéma. Mais elle n’est productive qu’en cas de vide chez l’ami (e).

A mesure que les années défilent, dans l’hypothèse où les relations multiples n’ont mené qu’à des amusements abstraits, l’esprit commence à envisager la problématique différemment. Très souvent, l’appartenance d’une personne à la zone grise ne mène au mariage que si dans le même temps, aucun prétendant n’a fourni des garanties de stabilité suffisantes chez l’autre.

S’il existe un avantage à habiter la zone grise, c’est bien celui-là : être en ballottage favorable durant cette phase particulière où les projections à long-terme se font plus pressantes. Et dans ces circonstances, rien ne presse mieux que les clins d’œil du vieillissement.

D’une part, l’énergie à déployer pour démarrer une relation fraîche avec un inconnu manque à l’appel. D’autre part, l’affection refoulée pour l’ami (e) n’est pas aussi enfouie qu’on l’aurait voulu. Lorsque de surcroît, l’ami (e) est également libre de tout engagement amoureux durant la même phase, la fenêtre de tir est toute offerte.

Pourquoi prendre l’initiative de reconstruire, alors même qu’une solide complicité amicale constitue déjà les fondations d’une maison que l’on peut plus facilement bâtir ? C’est ainsi que l’on pourrait formuler le questionnement qui pousse à vider le chargeur du cœur, et à livrer ce que l’on avait pris le soin de jalousement dissimuler durant des années. En fin de compte, même si l’on ne pense pas nécessairement au mariage, l’on réalise qu’il est préférable de vivre avec la désolation du rejet, que de végéter avec des ‘’si ‘’ qui polluent l’âme.

« Le plus souvent, on cherche le bonheur, comme on cherche ses lunettes, quand on les a sur le nez. » André Maurois

Pour ce dimanche, retenons la proposition où  les deux amis confrontent leurs sentiments, et s’éveillent à l’idée qu’ils ont longtemps éprouvé une attraction similaire, à l’ombre de ce qu’ils proclamaient officiellement. André Maurois n’affirme-t-il pas que « Le plus souvent, on cherche le bonheur, comme on cherche ses lunettes, quand on les a sur le nez. » ? Dans le cas d’espèce, le bonheur est sous le nez depuis longtemps, mais on ne se décide à le saisir que tardivement vers la voie du mariage.

Et c’est peut-être cette facette tardive, jumelée à la complicité patiemment construite et aux sentiments officieusement mûris, qui conduisent au caractère éclairé, consistant et durable de ces mariages.

La vie est trop brève pour être petite.

Faisons d’elle une balade inédite

©M²CD

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