Doit-on vraiment être « noir et fier» ?

« Noir et fier ». Voilà trois mots, qui, prononcés successivement me laissent pensif depuis un moment. Je croise cette expression assez souvent ces derniers temps. Des blogs, comptes et sites sont drapés de cette nomination. C’est aussi quelque chose que j’ai eu l’occasion de lire plusieurs fois dans les commentaires de mes précédentes publications. L’idée de ceux qui ont mis sur pied ces espaces est sans doute de valoriser la peau noire ; et elle est louable. Le contenu de ces plateformes est hautement appréciable, et là n’est pas le sujet. Mais il y a en arrière-plan une stratégie défensive, un complexe d’infériorité trop évident, comme si l’on cherchait à se rassurer de quelque chose.

Ce qu’implique la fierté

Dans un contexte d’autodiscrimination (je parle bien d’auto-discrimination, parce que la discrimination des autres à notre égard ne devrait pas nous intéresser outre mesure), il faut rappeler ce que les Noirs ont fait et continuent à faire. Mais il ne faut pas le rappeler pour simplement s’en prévaloir. Sinon, l’on ne fait rien d’autre que de l’histoire statique. Il faut le rappeler pour s’en inspirer.

Etre fier de quelque chose ou de quelqu’un, qu’est-ce que cela implique de façon pratique ? L’on peut être fier de ce que son enfant a accompli, dans la mesure où il est devenu avocat, styliste de renommée mondiale, acteur important… On peut être fier à un instant d’appartenir à une nation, parce que l’équipe nationale de football a remporté une compétition. On peut être fier de soi-même, parce que l’on a réussi à mener à bien un projet, à accroître sa clientèle, à obtenir son diplôme…

Pourquoi devrions-nous être « noirs et fiers »? Comme les exemples mentionnés plus haut le suggèrent, on est fier de quelque chose qui s’est construit. Quel travail, quel effort a-t-on effectué pour avoir notre couleur de peau ? Aucun. Nous sommes nés noirs, ce n’est ni un choix, ni une construction qui doit nécessiter des salves d’applaudissements.

Ni honte, ni fierté

L’on ne doit pas avoir honte d’être noirs, mais n’en soyons pas fiers, parce que l’on n’a aucun mérite à l’être. D’ailleurs, à voir le comportement et le discours de beaucoup parmi nous, je ne suis pas certain que si on leur en avait donné l’occasion, ils auraient choisi d’être Noirs.

Assumons notre couleur de peau, et soyons fiers, non pas d’être Noirs, mais de mener des actions, de bâtir des entreprises et des idéologies qui nous élèvent au plan individuel et collectif.

(Ce sujet me fait drôlement penser au fait que lorsqu’un américain est Noir, on dit qu’il est « noir américain ». Dans le même temps, s’il est Blanc, on ne l’appellera pas « blanc américain », mais seulement « américain ». – Oui, je crois beaucoup au pouvoir des mots – . Les Blancs sont juste… Blancs.)

La vie est trop brève pour être petite
Faisons d’elle une balade inédite.

© M²CD

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4 commentaires sur “Doit-on vraiment être « noir et fier» ?”

  1. Retour de ping : Tout cela pourquoi au juste ? – La vie est trop brève pour être petite. Faisons d'elle une balade inédite.

  2. Retour de ping : En quoi notre rapport à l’argent est-il malsain ? – La vie est trop brève pour être petite. Faisons d'elle une balade inédite.

  3. Retour de ping : A quand le prochain prétexte pour exposer notre nature ? – La vie est trop brève pour être petite. Faisons d'elle une balade inédite.

  4. Retour de ping : « Ce sont les choses des Blancs !» 😡😡😡

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