Élections de 2018: une continuité vieille de 52 ans, ou une nouvelle ère ?

Nous sommes en 2018, et le Cameroun est dirigé par une même organisation politique depuis 1966.

Rappel historique

En utilisant la carotte et le bâton, le président Ahidjo a conduit dès 1962 tous les partis politiques du Cameroun oriental et du Cameroun Occidental, à fusionner avec son parti, l’Union Camerounaise. C’est ainsi que le 1er septembre 1966, naît l’Union Nationale du Cameroun (UNC), parti unique qui va œuvrer à la socialisation politique de tous les citoyens.

16 ans plus tard, le président Ahidjo transfère le pouvoir à son Premier Ministre, M. Biya.

Un conflit ouvert éclate entre les deux hommes. M. Ahidjo est accusé d’avoir fomenté un coup d’Etat, et se réfugie au Sénégal, car n’étant plus bienvenu dans le pays qu’il a dirigé pendant 24 ans.

La nécessaire mue du parti unique

M. Biya, brillant stratège qu’il est, comprend qu’il est temps de faire peau neuve. Il saisit qu’il doit apporter quelque chose de différent. Qu’il doit impérativement tourner la page. Imprimer sa marque, son identité, afin de masquer l’odeur persistance de son prédécesseur. En guise de désodorisant, il décide de changer le nom du parti unique.

Ainsi, un congrès tenu à Bamenda fait émerger le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) le 24 mars 1985. L’article 1er des statuts du RDPC dispose que l’UNC devient RDPC. Il s’est agi d’un changement de nomination, et non de structure. C’est d’ailleurs très commun dans l’histoire des organisations.

Un simple toilettage

Par exemple, l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), née le 25 avril 1963, est devenue l’Union Africaine (UA) le 10 juin 2002. Mais il ne viendrait à l’esprit de personne de dire que l’Union Africaine n’existe que depuis 2002. Ce sont les mêmes structures qui ont évolué depuis que les Kwame Nkrumah et autres Julius Nyerere les ont mises en place il y a 55 ans.

De la même manière, chaque citoyen a la possibilité de solliciter le gouvernement pour demander à modifier son nom, dans des conditions précises définies par la loi. A titre d’exemple, une personne appelée « Um Nyobe Désespoir », devenue « Um Nyobe Félix », change de nom sur son acte de naissance et toutes ses pièces d’identité. Mais son âge, son sexe, sa date de naissance et le nom de ses parents restent intacts.

Nous avons donc, depuis 1966, l’UNC devenue RDPC en 1985, qui contrôle l’appareil d’Etat de notre pays.

(Le fait de fêter l’anniversaire du RDPC le 25 mars de chaque année obéit plus à une raison politique qu’historique. Célébrer l’anniversaire du parti au pouvoir le 1er septembre, ce serait ressusciter en quelque sorte notre premier président dans les mémoires, chose qui a expressément voulue être évitée le 25 mars 1985)

1966-2018 : 52 ans donc qu’un même parti marque son territoire au sein de nos institutions.

Cela étant dit, revenons donc au sujet principal de cette publication.

Des intérêts évidemment divergents

Quatre mois ! Plus que quatre mois pour s’inscrire sur les listes électorales. Le 31 août 2018, jour de clôture des inscriptions approche à grand pas.

La nécessité du statu quo

Il y en a sans doute qui ont intérêt à ce que notre système politique reste figé. Ils jugent qu’aucun parti d’opposition n’est en capacité de diriger le pays. Ainsi, notre Chef de l’Etat actuel, et le parti dont il est le patron, sont les réponses à nos problèmes. Certains sont sincères dans leur démarche, estimant que notre président est le moindre mal, compte tenu de la qualité de ses adversaires en face.

Il y en qui gagneraient, de façon profondément subjective, à ce que les forces en présence maintiennent leurs positions. C’est leur droit. Personne n’est assez fou pour scier la branche sur laquelle il est assis. Personne n’est assez fou pour endommager volontairement le robinet qui le désaltère au quotidien.

D’ailleurs, je suis persuadé que tous les Camerounais qui sont dans cette situation sont déjà inscrits sur les listes électorales depuis longtemps. Ils sont en ordre de bataille. Ils savent qu’ils n’ont pas droit à l’erreur. Ils savent que l’enjeu est trop grand. Se maintenir, ou peut-être disparaître. Le choix est vite fait.

Le besoin d’une nouvelle ère

Par ailleurs, il y en qui estiment que l’on doit renouveler notre personnel politique. Que des décennies avec les mêmes hommes en tête d’affiche, ça suffit. Que des films avec les mêmes acteurs se ressemblent toujours dans le fond. Qu’il est temps d’injecter un peu d’air et de sang frais dans notre machine socio-politique. Dans nos mairies. A l’Assemblée Nationale. Au Palais présidentiel.

Eux aussi, on ne peut pas leur reprocher de vouloir voir une dynamique nouvelle se créer. De penser que l’Etat peut fonctionner autrement. Cette catégorie fera-t-elle tout son possible pour que son point de vue prospère au lendemain du long processus électoral qui nous guette ? Contrairement à la première catégorie qui est pour le statu- quo, j’ai l’impression que celle qui est pour le changement ne saisit pas les enjeux. Ou du moins, n’en prend pas la pleine mesure.

L’allégorie sportive

Comme dans un match de football, ceux qui l’emporteront, ce ne sont pas nécessairement ceux qui sont les meilleurs sur le papier. Les amateurs du ballon rond ont observé ce qui s’est passé en début de mois entre l’AS Roma et le FC Barcelone en Ligue des Champions européenne. L’immense favori espagnol a été balayé par le petit poucet italien.

Avoir les meilleures cartes pour remporter la victoire, c’est bien, mais cela ne suffit pas toujours. Lorsque l’on a en face de soi des personnes déterminées à en découdre, à donner de leur personne, la logique peut se retrouver renversée. La certitude peut devenir incertaine.

Le géant peut se retrouver en train de se faire consoler à la fin de la partie, rongé par la déception et la tristesse. Le nain peut se retrouver en train d’être félicité pour son exploit, habité par la fierté et l’allégresse. Mais c’est souvent le favori qui sourit en fin de match, parce que le nain n’a pas cru qu’il pouvait saisir sa chance et secouer les évidences.

Selon vous, quel camp l’emportera dans quelques mois dans les urnes ? Celui des puissants que l’on annonce gagnants avant même que le coup d’envoi n’ait retenti ? Ou le camp des outsiders que personne n’attend ?

Le combat se précise

La date du match se profile déjà à l’horizon, et quel que soit le camp dans lequel l’on se trouve, chaque équipe aura besoin que ses supporters puissent donner de la voix pour lui transmettre ses encouragements. Son énergie. Sa détermination.

Cette voix, ce n’est qu’avec une carte d’électeur que chacun pourra la faire entendre. Pas avec des commentaires sur Facebook. Pas avec des interminables débats sur WhatsApp ou Twitter. Encore moins à travers des discussions élancées dans des débits de boisson, des véhicules de transport en commun, ou autour d’un dîner de famille.

Répondre présent, ou attendre 2023-2025 pour pouvoir à nouveau avoir l’occasion de faire entendre sa voix. C’est au choix. Seulement, comme dit Sartre, « on est responsable de ce qu’on n’essaie pas d’empêcher.».

Délai de clôture des inscriptions sur les listes électorales : 31 août 2018.

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©M²CD

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