Extrait 2 de l’Essai sur le discours du consommateur passif.

Il est vital de nous intéresser aux mots, parce que ce sont eux qui pénètrent nos esprits pour nous construire ou nous déconstruire avant toute action. Dans les sociétés blanches, ceux qui appartiennent aux couches défavorisées, ce ne sont pas des pauvres, mais des personnes « modestes ».

Le pouvoir des mots est fondamental. Les termes « développés », « sous-développés », « Tiers-Monde », ont un impact sur notre manière de nous représenter le monde en général, et le quotidien en particulier. Nous sommes dans une dictature du langage, jusque dans nos universités, où l’on se répète tous ces mots et expressions qui pénètrent nos consciences.

Lorsque l’on entend pendant des années, tous les jours, que l’on est dans un pays sous-développé, des barrières finissent par se créer, de telle sorte que celui qui en a les moyens doive absolument aller passer ses vacances à Nice ou Miami, même si des Blancs viennent passer les leurs à Kribi ou à Nairobi – Kenya – Modernité et Occident se superposent dans nos esprits, au point où les « bonnes choses » ne peuvent venir que de là-bas.

Ainsi, dès lors qu’un produit ou un service est camerounais, il y a souvent comme un parfum de méfiance qui se dégage pour certains, donnant l’impression trompeuse que l’on ne pouvait rien réaliser de comparable à ce qui se fait ailleurs.

De la même manière, étant donné que la Chine, selon une école intellectuelle dominante, fait toujours partie du « Tiers-Monde », il est normal que l’on estime que tout ce qui vient de là-bas est de mauvaise qualité. « Le chinois » ne renvoie qu’à la copie, à la qualité inférieure, dans notre langage courant.

Beaucoup d’entreprises occidentales disposent de sous-traitants en Chine afin de réduire les coûts de production, en exploitant des travailleurs sous-payés au passage. Mais le « Made in France » ou « Made in Italy » inscrits sur des articles suffisent à nous rassurer, et nous faire dépenser des sommes astronomiques, pour un travail que font ces mêmes chinois dont nous dénigrons tous les produits.

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