Jeunesse et participation politique : un impératif

Le Cameroun est socialement fracturé par des divergences politiques très vives. La jeunesse n’est pas épargnée par cette situation. Je dirais même qu’elle est la principale concernée depuis la campagne électorale de la précédente élection présidentielle. Cela fera bientôt deux ans qu’une mordante hostilité s’est installée au sein de l’espace public, avec deux extrêmes qui font leur bonhomme de chemin.

Jeunesse et défaut de socialisation politique

J’ai eu le privilège de représenter mon arrondissement au Parlement de la Jeunesse de février 2019 à février 2020. Durant ce mandat, rien ne m’a frappé autant que la méfiance et le rejet que les jeunes manifestent vis-à-vis de l’Etat. Du moment où vous êtes associés, de près ou de loin, au régime, vous êtes nécessairement perçu avec suspicion.

Au fond, cela n’est pas anormal, au vu des nombreuses affaires de corruption et de détournement qui ont éclaboussé des figures importantes et moins importantes de la sphère administrative. Après autant de décennies sous la férule d’un même système, il n’est pas curieux de lui attribuer la paternité de tous les malheurs collectifs.

Cependant, cette attitude de rejet a pour conséquence d’éloigner des opportunités. A partir du moment où l’incrédulité vis-à-vis de l’Etat est instinctive, une distance de plus en plus importante se crée, et une méconnaissance de son fonctionnement est consacrée. L’Etat – et non le régime – nous appartient à tous. C’est justement pour cela qu’il ne faut pas se détourner de lui. Il faut plutôt le fixer assez longtemps pour savoir en quoi il peut nous être utile.

Il n’est pas question de croire aux promesses perpétuelles d’hommes politiques, mais de saisir l’idée que, pour se légitimer, tout pouvoir est contraint d’accomplir un minimum de réalisations, afin de prouver son utilité aux citoyens.

Nous avions beau leur expliquer aux jeunes que nous rencontrions que les députés jeunes, pour bon nombre, n’appartiennent à aucun parti politique, et ne sont pas, comme les députés sénior, désignés sur une base politicienne – mais thématique -, cela n’y changeait rien. Ni sur les informations concernant les succès du Fonds National de l’Emploi, ni celles liées à la productivité des Centres Multifonctionnels de Promotion des Jeunes ou à un quelconque programme de financement, ne semblaient avoir grâce à leurs yeux.

Plus largement, durant mon séjour au Parlement de la Jeunesse, m’a habité le sentiment que certaines forces militent pour que toute initiative ou tout projet échoue, simplement parce qu’elles estiment que cela profitera au régime. Cette perspective est pour eux inadmissible. La polarisation est telle que l’on ne réfléchit plus qu’en termes de gain ou de perte pour sa chapelle politique.

Suffira-t-il qu’un nouveau Chef de l’Etat émerge pour que le chômage tarisse et que le lit de la consommation de la drogue dans nos établissements scolaires perde de sa teneur ?

Peut-on continuer à évoluer dans une société au sein de laquelle nous politisons même nos problèmes communs ? Lorsque la drogue inflige des dommages aux jeunes, cherche-t-elle à savoir si ses victimes sont les progénitures d’un laudateur du régime ou d’un militant de l’opposition ? Quant au chômage, fait-il pareille discrimination ? Doit-on mettre le pays à l’arrêt, et attendre que le Président de la République qui nous convient rejoigne le Palais d’Etoudi avant de mettre la main à la pâte ?

Ce sont des questions, parmi tant d’autres, sur lesquelles nous devons méditer. Nous gagnerions à converger vers l’apaisement de nos problèmes, au lieu de nous écharper en raison de désaccords politiques qui ne nous apportent rien de concret au quotidien. Et qui ne produisent que la haine entre des fils d’une même terre.

Jeunesse et extrêmes

Nous entretenons des raccourcis et oppositions faciles, pour satisfaire notre soif de simplification du jeu politique. Et cette simplification est nourrie par les extrêmes dont je parle plus haut, et qui prennent de plus en plus de place dans notre espace public.

Nous avons d’une part, ceux pour qui la moindre critique objective du système vaut volonté de déstabilisation du pays tout entier. Nous ne pouvons malheureusement pas faire l’économie de cette critique. Ce n’est que parce que l’opinion met le doigt sur une défaillance que les pouvoirs publics se voient obligés, souvent malgré eux, de procéder à des ajustements. Dans leur jargon, l’expression ‘’ennemi de la République’’ est régulièrement galvaudée.

D’autre part, ceux pour qui tout ce qui se rapproche du régime est à mettre en quarantaine, dans la mesure où le pouvoir est fatalement mauvais. La principale limite de ce raisonnement est de considérer le pouvoir comme un corps homogène et ayant une pensée indivisible, quand bien même, il existe des fonctionnaires, hauts comme petits, soutenant le régime, et sans qui la situation du pays se serait davantage dégradée. Les tenants de cet extrême affectent l’expression ‘’pion du régime’’ avec une déconcertante facilité.

Il n’existe pas d’un côté, le camp des patriotes, qui aiment leur pays, et celui des ennemis, qui l’entaillent. Et certainement pas le camp des fossoyeurs, souhaitant la perpétuation du système, et celui des libérateurs, qui tiennent à sa chute.

Cette simplification qui se reproduit jour après jour a achevé de créer un cercle vicieux à l’origine d’une animosité qui va en s’épanouissant. Elle contribue à nourrir la méfiance vis-à-vis de l’Etat – confondu au régime – , étant donné que nous avons d’une part ceux qui font preuve d’une mauvaise foi fabuleuse en tenant à défendre le système à tout prix, et ceux qui ne jurent que par le dénigrement permanent de l’action publique.

S’inviter dans la sphère publique, une nécessité

La 3e édition du Parlement de la jeunesse est arrivée à son terme, avec pour thème « Développement de l’entrepreneuriat et des opportunités d’emplois jeunes ».

Un de nos collègues s’est répandu dans les médias il y a quelques mois, considérant que le Parlement de la Jeunesse est une coquille vide. Si l’on s’en tient au fait que les députés jeunes ne perçoivent aucune rémunération, disposent de prérogatives mineures et ressemblent plus à des bénévoles qu’à autre chose, sa thèse pourrait être défendue.

Cependant, si l’on considère cette institution comme un lieu de socialisation politique, la lecture est toute autre. Il s’agit d’un lieu, comme beaucoup d’autres, qui permettent d’avoir accès aux couloirs de décision et de mieux saisir la marche de l’appareil d’Etat.

Il ne faut évidemment pas faire preuve de naïveté. Ici comme ailleurs, le pouvoir cherche naturellement à instrumentaliser la jeunesse pour l’exploiter politiquement. Que le fonctionnement du Parlement de la Jeunesse réponde à cet agenda dans l’esprit des décideurs, cela n’a rien de révolutionnaire. La question est de savoir comment la jeunesse peut l’orienter à son avantage.

Le fait est que les jeunes n’ont pas besoin d’être en accord avec toutes les options du pouvoir pour pénétrer les structures publiques et mieux les comprendre. Et cette logique devrait prévaloir chaque fois que le système crée un quelconque espace d’interactions. La socialisation politique ne se fait pas uniquement par la voie du militantisme. Quelque soit la trajectoire choisie, l’important est d’aiguiser son esprit critique face aux multiples discours sur le développement de notre pays.

Nous devons être capables de saisir la nature du système, d’évaluer l’état des forces en présence, et d’utiliser les marges de manœuvre à notre avantage.

Je me souviens de mon stage de 5e année à l’ex-MINATD, au sein duquel j’effectuais également l’enquête de terrain relative à mon mémoire. Imbu de mes certitudes livresques, j’avais aproché les responsables dudit ministère, et je m’étais rendu compte assez rapidement de l’état limité de mes connaissances.

Est-il possible d’esquiver l’étape de la formation et de la prise d’information ? Je ne le crois pas. Il est capital d’absorber le fonctionnement des affaires publiques pour mieux en critiquer les nombreux dysfonctionnements, et se poser comme une force de transition crédible.

Qu’il me soit permis de présenter ma gratitude au peuple camerounais, dans la mesure où les activités du Parlement de la Jeunesse sont financées par les fonds publics.

Agréable fête de la jeunesse à tous.

La vie est trop brève pour être petite
Faisons d’elle une balade inédite

© M²CD

4 commentaires sur “Jeunesse et participation politique : un impératif”

  1. « L’Etat – et non le régime – nous appartient à tous. C’est justement pour cela qu’il ne faut pas se détourner de lui. » C’est si vrai! Je retiens surtout ici la marge de manoeuvre dont chacun peut se saisir pour changer les choses.

    Malheureusement nous sommes si peu éduqués à nous intéresser, encore moins à côtoyer ces choses. Le monde politique ou tout au moins l’espace public semblent pour beaucoup être hermétiquement fermés (conséquence: une société civile si peu présente).

  2. Très bonne réflexion ; bravo mon petit fils. Go ahead !
    Joyeuse fête de la jeunesse à tous les jeunes camerounais.
    Prenez votre avenir en mains.
    Congrats

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *