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Synopsis

Kálati est une série qui respire la littérature. Un épisode sera diffusé le dernier dimanche de chaque mois, et mettra le curseur sur deux livres. Parce qu’il existe de multiples talents disséminés sur la planète, et ayant vécu à des époques distinctes, il serait dommage d’élever des garde-fous et d’éliminer de fait des merveilles littéraires. Kálati est une série qui n’admet ni limite géographique, ni frontière temporelle. Elle pourra donc mettre en lumière une œuvre écrite durant l’Antiquité, ou une production ayant pour genèse l’Asie. 

Cependant, Kálati accorde une place de choix à la littérature africaine, cette dernière étant le parent pauvre des lettres au plan international, non par manque de talent, mais par défaut de visibilité et d’accessibilité. De nombreux auteurs du continent noir se signalent par la qualité de leur écriture et l’importance des sujets qu’ils abordent. Ainsi, les œuvres présentées admettrons des origines diverses, mais au sein de chaque épisode, il existera invariablement une œuvre forgée par un auteur africain.

Le genre littéraire de prédilection de cette série est le roman, et cela pour une raison fort simple : au sein de la grande famille des auteurs, et plus spécifiquement de la sous-famille des écrivains, les romanciers sont de manière générale ceux qui allient le mieux pédagogie et esthétique. Lire fait du bien. Lire des livres agréablement écrits fait encore plus de bien. L’on retrouvera tout de même dans cette série d’autres types d’ouvrages, à l’instar d’essais ou de traités, car il y en qui sont aussi instructifs que joliment rédigés.

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« La littérature reste le seul moyen opérant pour maîtriser le langage. Et le langage, c’est ce qui est fondamental. Pas seulement pour vous permettre de vous exprimer d’une manière intelligente, nuancée, avec toutes les précisions que vous jugez nécessaires. Le langage, c’est ce qui permet à votre pensée de s’organiser. Le langage, c’est ce qui déploie et structure votre imagination, régit votre sensibilité, vos émotions, vos passions. Et cette richesse, vous ne pouvez pas l’acquérir en regardant la télévision, ou en voyant des films : c’est le roman, la poésie, les grands essais qui vous la donnent. » Mario Vargas Llosa

Les deux auteurs qui retiennent l’attention de Kálati aujourd’hui sont le Colombien Gabriel Garcia Marquez (1927-2014) et le Camerounais Arol Ketchiemen (1990-).

1- L’amour aux temps du choléra (1985)

Ce livre relate une histoire se déroulant dans les Caraïbes, entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle.

Gabriel Garcia Marquez

Résumé

Florentino Ariza et Fermina Daza, deux roturiers, se fiancent lorsqu’ils ne sont que des adolescents, vivant leur affection clandestinement, contre l’avis du père de Fermina Daza, et malgré la distance qu’il leur impose par un déménagement brutal. De manière soudaine, Fermina Daza rompt les fiançailles de son propre chef, et épouse l’aristocrate Juvenal Urbino.Florentino Ariza ne se décourage pas pour autant. Il se jure de se faire un nom et de se bâtir une réputation pour être digne de sa dulcinée le moment venu, convaincu que la mort finira par emporter son rival avant de se charger de lui. Il attendra donc, avec une curieuse fusion de résolution et d’impatience, la disparition de Juvenal Urbino, en meublant le vide par de multiples relations charnelles.Cette attente va durer cinquante et un ans, neuf mois et quatre jours. Ce n’est qu’à ce moment que lui, auréolé de son statut de patron de la Compagnie Fluviale des Caraïbes, s’autorise à nouveau à courtiser celle qui possède son cœur depuis plus d’un demi-siècle.

Style et allure du récit

Je ne dirai pas que ce livre enseigne la patience, parce que ce n’est que dans l’univers de la fiction qu’un homme peut s’autoriser à mettre son existence quasiment entre parenthèses et vivre d’espérance pendant autant d’années, pour une femme qui ne l’a pas choisi. Garcia Marquez aborde avec finesse la complexité et la polysémie du sentiment amoureux, les compromis douloureux à faire pour préserver une vie conjugale, la charge de la vieillesse, le rapport que la société entretient vis-à-vis des veufs qui décident de tourner la page…Il s’agit du deuxième texte de cet auteur que je découvre après Cent ans de solitude, et j’y ai rencontré la même habileté à disséquer l’intimité de ses personnages, pour la présenter toute nue au lecteur, comme un douanier des âmes. A décrire de manière peu commune des phénomènes communs.Il arrive à créer, des couloirs sécurisés dans l’esprit des personnages, dans lesquels l’on peut circuler sans crainte, et simultanément, il engendre dans l’esprit du lecteur des débats philosophiques sur le quotidien. C’est réaliste, imagé, chirurgical, addictif. De l’art au sens pur du terme. Dire que ce roman est excellemment écrit, c’est un fade euphémisme. Altruiste que je suis, il m’est impossible de ne point vous fournir de minuscules extraits de ce chef d’œuvre.

Captures

« Il ne vécut pas son heure de gloire. Lorsqu’il reconnut chez lui les troubles irréparables qu’il avait vus et plaints chez les autres, il ne tenta pas même une inutile bataille, et se retira du monde afin de ne contaminer personne. Enfermé dans une chambre de service de l’hôpital de la Miséricorde, sourd à l’appel de ses collègues et aux suppliques des siens, étranger à l’horreur des pestiférés qui agonisaient dans les couloirs bondés, il écrivit à son épouse et à ses enfants une lettre d’amour fébrile, dans laquelle il les remerciait d’avoir existé, et qui révélait combien et avec quelle avidité il avait aimé la vie. Ce fut un adieu de vingt feuilles où la détérioration de l’écriture trahissait les progrès du mal, et point n’était besoin d’avoir connu qui les avait écrites pour savoir que la signature avait été apposée dans un dernier soupir. »

« Elle dormit sans le savoir, tout en sachant que dans son sommeil elle était vivante, que la moitié du lit était en trop, qu’elle était allongée de côté sur le bord gauche, comme toujours, et que de l’autre côté lui manquait le contrepoids de l’autre corps. Elle pensa endormie, pensa que plus jamais elle ne pourrait dormir ainsi, et endormie elle commença à sangloter, dormit en sanglotant sans bouger jusqu’à ce que les coqs eussent depuis longtemps fini de chanter et que la réveillât le soleil indésirable du matin sans lui. Alors elle se rendit compte qu’elle avait beaucoup dormi sans mourir, beaucoup sangloté dans son sommeil , et que tandis qu’elle dormait en sanglotant elle avait plus pensé à Florentino Ariza qu’à son époux mort.»

2- Les icônes de la musique camerounaise (2018)

Ce bijou est un travail de mémoire fouillé et copieusement enrichissant.

Arol Kecthiemen

Contenu

L’on y retrouve l’histoire et la localisation géographique des principaux rythmes musicaux du Cameroun : Ambass-Bey, Bikutsi, Makossa, Mangambeu, Ben Skin…

Par ailleurs, l’auteur met en avant de grandes figures peu connues de nos jours, comme Cheramy la Capitale – premier musicien de cabaret au Cameroun –, Messi Martin – le père du Bikutsi moderne –, Nelle Eyoum –l’un des pères fondateurs du Makossa–, Pierre Didy Tchakounte – précurseur du Mangambeu et du Bend Skin – , Prince Nico Mbarga – auteur du hit mondial « Sweet mother », qui a réalisé un record de ventes en Afrique –, Zanzibar – le talentueux guitariste du célèbre groupe « Les têtes brûlées », considéré comme l’un des plus grands de l’histoire du Cameroun, disparu à 26 ans…

Trajectoires d’artistes confirmés

En outre, sont minutieusement exposées les péripéties encadrant l’évolution des carrières d’artistes plus connus de nos jours, tels Anne-Marie Nzié, Sam Fan Thomas, Elvis Kemayo, Ben Decca, Eko Roosevelt, Grace Decca, André-Marie Talla, Eboa Lotin, Lapiro de Mbanga, Manu Dibango, Marthe Zambo, Ndedi Eyango, Petit Pays…

Il existe aussi une place de choix pour des anecdotes autour de l’origine du mot « Makossa », ou des titres à succès planétaire comme « Amie » de Ebanda Manfred, « Soul Makossa » de Manu Dibango, « Avec toi » de Marthe Zambo…

Le lecteur apprend également que des artistes Camerounais ont été victimes de la reproduction de leurs oeuvres. Parallèlement au plagiat par Michaël Jackson et Rihanna de Manu Dibango, il est acté que l’Américain James Brown a copié André-Marie Talla et que Missi Elliot, elle aussi américaine, s’est approprié l’œuvre du duo camerounais Tim and Foty. Pour chacun de ces cas, un arrangement financier à l’amiable a permis de dédommager les artistes lésés.

La plupart des artistes faisant l’objet de cet ouvrage ont grandi avec des parents qui chantaient ou jouaient d’un instrument de musique, et quasiment tous ces artistes jouaient d’un instrument de musique où s’adonnaient au chant depuis leur tendre enfance – chorale, orchestre du lycée… –Ainsi, ce livre nous réapprend que le succès ne s’improvise pas, celui-ci n’étant que le prolongement d’une trajectoire qui a le hasard en horreur.

Un hommage

Dans cet ouvrage, c’est véritablement une partie de l’histoire glorieuse du Cameroun qui est consignée. Bon nombre de ces icônes ont disparu dans l’anonymat, après avoir fait briller l’étendard de la patrie sur les scènes de la planète entière. Arol Ketchiemen dit très justement que « la tombe des artistes, c’est dans le cœur des fans ».Hélas, un jour où l’autre, le cœur des fans cesse de battre. Il n’y a pas meilleure tombe pour ces icones que ce livre qui, lui, contrairement aux fans, est imperméable aux caprices du temps. Pour ces artistes oubliés, il n’y a pas plus bel hommage que cet ouvrage. Il est disponible ici.

PS:

(J’ai beaucoup apprécié la portion du livre qui s’intéresse à Grâce Decca épouse Mbengue Moukouri – oui, nous nous sommes mariés un samedi pluvieux de décembre 2006. 12 ans déjà. Le temps passe tellement vite !

Comme d’habitude, elle avait pris des libertés avec la ponctualité, et mon beau-frère Ben me tenait compagnie. Je m’en souviens comme si c’était aujourd’hui. Félicitations à l’auteur, il a mené une sérieuse enquête. Tout ce qu’il rapporte au sujet de l’amour de ma vie correspond à ce qu’elle me chuchotait pendant nos premières rencontres.)

Kálati vous donne rendez-vous le 24 février pour l’acte II. 😉

La vie est trop brève pour être petite
Faisons d’elle une balade inédite

© M²CD

4 commentaires sur “KÀLATI.S01E01”

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