KÁLATI.S01E05

Ce dimanche, le franco-belge Eric-Emmanuel Schmitt (1960-) aborde nous parle du cancer vécu par un enfant de 10 ans. Par ailleurs, le franco-rwandais Gaël Faye (1982-) nous plonge dans les funèbres angoisses du conflit Hutu-Tutsi au Rwanda et au Burundi.

Oscar et la dame rose (2002)

 

Issu de parents professeurs de lycée, Eric-Emmanuel Schmitt est un agrégé de philosophie. Au gré du succès des pièces de théâtre qu’il écrit depuis le lycée, sa passion pour l’écriture va avoir raison de sa carrière universitaire.

Il abandonne ainsi son poste de maître de conférences pour embrasser pleinement l’écriture En dehors de ses productions théâtrales, il a à son actif d’abondants écrits romanesques. Traduit dans plus de 40 langues, il est lauréat de nombreux prix. Oscar et la dame rose en a reçu quelques-uns.

De quoi parle Oscar et la dame rose ?

Ce livre est rédigé sous forme de lettres. Des lettres qu’Oscar, un enfant de 10 ans, atteint d’un cancer, adresse à Dieu, et dans lesquelles il lui raconte son quotidien à l’hôpital. C’est la vieille Mamie-Rose – la dame rose du titre – qui l’encourage à se confier de cette manière.

Oscar ne croit pas en Dieu, mais Mamie-Rose considère que cet exercice est susceptible de lui apporter du réconfort. Elle est la seule à répondre aux questions de Oscar relatives à son immanquable disparition, contrairement aux au personnel médical et à ses parents qui évitent d’en parler avec lui.

Il ne lui reste plus que 12 jours à vivre, et Mamie-Rose lui suggère un jeu. Il doit considérer que chaque jour est égal à 10 ans. Ainsi, elle lui fait croire qu’il grandit plus vite que prévu, et d’une certaine manière, lui permet de vivre la vie qu’il ne vivra jamais. A 20 ans, il découvre l’amour avec Peggy, une petite fille internée comme lui à l’hôpital ; à 30 ans, il connaît les soucis et les responsabilités, car son amoureuse Peggy est opérée.

Entre 40 et 50 ans, il doit manager une crise dans son couple, car son amoureuse découvre qu’il avait embrassé une autre petite fille internée à l’hôpital… A chaque fois, Mamie-Rose est présente pour répondre à ses inquiétudes, à travers d’improbables histoires enrobées de sagesses. Le petit Oscar rend l’âme à 100 ans.

L’allure du récit

Il y a de la naïveté et de l’innocence dans l’écriture, ce qui sied au narrateur, un enfant de 10 ans. De la tristesse heureuse aussi, car Éric-Emmanuel Schmitt parle d’une maladie incurable avec un humour prononcé. Oscar et la dame rose est un magnifique récit. L’injustice de la mort, qui-plus-est chez un enfant qui n’est en rien coupable de son inévitable sort, y règne. Les thèmes de la religion et du sens de la vie sont abordés de manière simple et douce, de telle sorte que la portée philosophique de ce texte ne puisse être discutée.

Un tout petit roman par son épaisseur, mais un grand livre pour le bouillonnement d’émotions qu’il constitue. Il s’agit d’une lecture d’espoir, car l’auteur nous montre comment un petit enfant condamné à trépasser, réussit tout de même à savourer l’existence. C’est une immense leçon de courage et de résilience.

Petit-pays (2015)

 

De père français et de mère rwandaise, ce métis est auteur, compositeur et interprète de rap. Appartenant au groupe Milk Coffee and Sugar, il a plus tard démarré une carrière solo. Petit Pays, son premier roman, en partie autobiographique, a obtenu le Prix Goncourt des Lycéens.

De quoi parle Petit-Pays ?

Ce roman relate l’histoire de Gabriel, jeune franco-rwandais ayant grandi au Burundi. Une partie de sa famille maternelle rwandaise – tutsi, précisément –  a dû quitter le Rwanda durant les années 60, en raison des tensions déjà existantes entre Hutus et Tutsis.

Gabriel est installé à Bujumbura avec sa sœur Ana, sa mère et son père – un riche entrepreneur français – . Il exprime sa nostalgie par rapport à cette enfance heureuse, durant laquelle sa famille était soudée et éloignée de tous les malheurs qui vont pénétrer leur existence.

 La séparation de ses parents, puis les tensions entre Hutus et Tutsis au Rwanda et au Burundi, vont achever de briser la tranquillité de son environnement. Lors du génocide rwandais de 1994, il est installé au Burundi, mais ressent pleinement les effets de l’horreur, car une partie de sa famille y est massacrée. Il le ressent d’autant plus que quelques mois plus tôt, il avait effectué un voyage au Burundi pour assister au mariage d’un de ses oncles, et visiter ses cousines et sa tante désormais massacrées.

Cette expédition avait d’ailleurs failli leur coûter la vie, tant les tensions tribales étaient déjà exacerbées. Le conflit armé entre Hutus et Tutsis s’exporte au Burundi, et Gabriel est sommé de choisir son camp. Pacifiste et persuadé de ce que la violence n’est pas la solution à l’équation, il va expérimenter la difficulté de rester neutre en temps de guerre.

Face à l’escalade de la violence, son père finit par prendre la décision de l’évacuer en France, ainsi que sa sœur. Sa mère, traumatisée par la mort de sa sœur et de ses nièces, sombre dans une profonde démence. Il la retrouvera des décennies plus tard, lors d’un voyage nostalgique au Burundi, toujours aussi méconnaissable et traumatisée. Son père est assassiné quelque temps après son évacuation en France.

Séquences marquantes et leçons du récit

Ce texte est très fécond en termes de thèmes, et j’avoue avoir du mal à sérier toutes les déclinaisons que l’auteur a brossées. Le sujet central est celui du génocide et de ses conséquences désastreuses, mais Gaël Faye ne parle pas que de cela. A la faveur de la situation politique du Burundi dans les années 1990, il enclenche un débat sur la démocratie et son utilité sur le continent africain. Par ailleurs, il célèbre l’amitié et la lecture. D’une part l’amitié. Un segment de l’œuvre traite des amis qui ont meublé son enfance et dont les moments communs constituent une précieuse réserve d’agréables souvenirs. D’autre part, la littérature.

Le narrateur expose la manière avec laquelle sa rencontre avec Mme Economopoulos a modifié son existence. C’est une vieille grecque vivant comme lui dans le quartier privilégié de Bujumbura, et qui va l’initier à la lecture. Au milieu d’incessantes horreurs renouvelées, la voie des livres va lui procurer des perspectives neuves dans son quotidien.

J’ai particulièrement été marqué par le sort de la maman de Gabriel. Par son biais, il formule les irréversibles sévices

psychologiques des survivants, et qui ont dû se résoudre à enterrer leurs morts. La manière avec laquelle il narre la névrose grandissante de sa maman est source d’intenses frissons.

Ce livre est davantage un témoignage qu’autre chose. Un admirable témoignage. Il nous rappelle les catastrophes incurables que l’ivresse du pouvoir peut causer. Mieux, il nous suggère implicitement de chérir la paix lorsque l’on a le privilège de la côtoyer, et de ne rien exciter pour la repousser, aussi douloureuses que soient les  réalités. Parce que la guerre est encore plus douloureuse.

Kálati vous donne rendez-vous le 30 juin pour l’acte VI.

La vie est trop brève pour être petite

Faisons d’elle une balade inédite

© M²CD

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