KÁLATI.S01E08

L’acte VIII de Kálati met en relief des romans du Tchèque Franz Kafka (1883-1924) et du Camerounais Mongo Beti (1932-2001).

Le procès (1925)

Né au sein de l’empire austro-hongrois, Franz Kafka est le fils aîné de sa fratrie.

C’est durant l’adolescence qu’il entame sa relation avec l’écriture, bien qu’il ait détruit une bonne partie de ses textes datant de cette époque. Il s’oriente vers des études de chimie, mais les abandonne, et sous la contrainte paternelle, prend le chemin du droit, chemin sur lequel il rencontre un certain Max Brod. Ainsi, il devient docteur en droit en 1906.

Sa vie professionnelle se ponctué par des contrats dans des tribunaux et des compagnies d’assurances. Sa véritable passion qu’est l’écriture, il s’y adosse durant son temps libre.

En 1917, une tuberculose lui est diagnostiquée, et sa santé se décompose graduellement, de telle sorte qu’il est mis en retraite anticipée dès 1922. Il passera une bonne partie du reste de sa vie entre les cliniques et les pages de ses récits. A près de 40 ans, la tuberculose du larynx l’éteint au milieu d’atroces souffrances. Dans l’anonymat total.

Kafka avait expressément rédigé une lettre dans laquelle il demandait à son plus proche ami, Max Brod, de « brûler dans leur intégralité et sans être lus » ses manuscrits non publiés. Celui-ci trahit son obligation morale, et se charge de révéler au grand public des textes inédits, tels Le Procès et Le château, qui, quoi que inachevés, feront la renommée post-mortem de leur auteur.

Kafka est considéré comme un des plus grands auteurs du XXe siècle. Au-delà de ses lettres, nouvelles et romans, il a légué à la postérité le terme « kafkaïen », depuis longtemps introduit dans le langage courant, et qui symbolise le monde sombre et pessimiste qu’il peint.

De quoi parle Le Procès ?

Ce roman traite de l’arbitraire. L’intrigue principale est bâtie autour de Joseph K., fondé de pouvoir dans une banque. Au matin de son 30e anniversaire, il est surpris dans son lit par des fonctionnaires, qui lui indiquent son arrestation, sans pour autant lui en fournir la raison. Il a le droit de poursuivre ses activités professionnelles, mais reçoit l’obligation de se rendre régulièrement disponible pour des besoins d’enquête.

Joseph K. ne se reprochant aucun écart, est certain que la plaisanterie prendra rapidement fin. Toutefois, au fil de l’évolution des procédures, il se familiarise progressivement avec le fonctionnement partial de la justice, et prend conscience de la réalité de sa condition.

Sous l’influence de son oncle, il renonce à se défendre par lui-même et s’attache les services d’un avocat. Son statut social, ainsi que son rendement professionnel commencent à souffrir de sa situation de justiciable. Ainsi, il décide de se séparer de son avocat qu’il considère comme malhabile, et d’entreprendre toute démarche lui permettant d’obtenir son acquittement. Sans succès.

Résigné, il finit par défier les sollicitations de la justice, et est assassiné par des fonctionnaires.

Les thèmes du récit

L’injustice et la solitude me paraissent constituer des points majeurs de ce roman. D’une part, l’injustice est traduite par l’absurdité et la corruption qui rongent l’appareil judiciaire. Kafka procède à une analyse millimétrée de l’architecture, en pointant ses insuffisances.

Les droits de la défense sont bafoués à tel point que ni le suspect, ni l’avocat, n’ont la possibilité de savoir quelle est l’infraction querellée ; les rapports de soumission et d’interdépendance entre petits fonctionnaires et avocats sont inévitables pour assurer les contradictions du système.

Quant à la solitude, elle se pose comme une conséquence directe de l’injustice. Joseph K. est un être angoissé. Il a beau rechercher du soutien ou du réconfort, il est à chaque fois déçu du résultat, esseulé face à sa conscience. La justice est un labyrinthe qui l’isole et ne lui laisse aucune porte de sortie. Malgré sa situation sociale confortable, il est insignifiant face à une machine répressive taillée pour broyer quiconque.

Le style de Kafka

Le Procès est le deuxième texte de cet auteur que je découvre, après La métamorphose. Durant ceux deux lectures, j’ai à chaque fois eu le sentiment d’être face à une énigme. Son univers est profond et l’on n’est jamais vraiment sûr de l’avoir saisi. L’impression d’être moins aux prises avec un roman qu’avec un exercice de compréhension de texte est présente, bien que le registre de langue soit accessible. La parabole de la Loi, qui illumine le dernier tiers de Le Procès, incarne la complexité de son style.

Concernant l’écriture en elle-même, cet auteur est d’une élégance magistrale. Dans ses descriptions, se décèle un excellent sens de la description et de la capture de l’intérieur des personnages. Kafka devait par ailleurs posséder un sens de l’humour assez particulier. C’est le récit au sens strict que j’ai identifié comme risible, à plusieurs occurrences dans la manière de narrer l’absurde.

PS : Il est tout de même assez étrange de réaliser que Kafka et bien d’autres sont décédés trop tôt, en raison de l’état de la médecine à leur époque. Ce n’est que dans les années 1940 que la traitement de la tuberculose fut disponible. Il aurait donc fallu qu’il naisse un peu plus tard, afin que l’on puisse espérer des romans complets.


Mission terminée (1957)

Ce qu’il faudrait savoir au sujet de Mongo Beti…

En vous donnant mon appréciation de son roman Le Pauvre Christ de Bomba il y a de longs mois déjà, je vous avais brièvement présenté ce monument. Vous retrouverez cette mini-biographie ici.

L’essence de Mission terminée

Ce roman relate l’histoire de Medza, un jeune lettré durant la période coloniale, recalé au Baccalauréat, et envoyé en mission par sa famille dans un village lointain.

Il se voit confier la responsabilité de ramener la femme de son cousin Niam, celle-ci ayant déserté le foyer conjugal. Paré du prestige de l’école des Blancs, il entame le voyage en direction de Kala, lieu de résidence supposé de la fugitive.

Dès son arrivée à Kala, il est reçu en grandes pompes par un cousin et un oncle, chez qui il est censé résider durant le déroulement de sa tâche. La femme qu’il doit ramener s’est absentée de Kala.

Son séjour est logiquement prolongé, situation fort avantageuse pour lui. En effet, les habitants de Kala le perçoivent comme un être supérieur, car il représente la civilisation du colon. Le chef du village, ainsi que les habitants ayant des filles en âge de se marier, lui manifestent tous les égards imaginables.

Parallèlement, l’oncle de Medza profite allègrement de la situation pour obtenir cadeaux et prestige, au nom de son neveu.

Medza est loin d’être un élève brillant. Il a manqué son baccalauréat, et même s’il laisse les habitants de Kala le couvrir d’éloges et qu’il en profite pour s’attirer les faveurs des jeunes filles, les remords ne sont pas moins réels dans son esprit. C’est à Kala qu’il découvre les plaisirs de la chair, et qu’il se voit contraint d’épouser Edima, la fille du chef de village, qu’il avait préalablement déflorée.

Au bout d’un mois, la femme de son cousin refait surface. Suite à de rudes négociations, elle accepte de retourner à Niam. Il ne reste plus à Medza qu’à retourner dans son village et à affronter son rigide père, dépourvu de baccalauréat, et pourvu d’une épouse. La confrontation violente le conduit à quitter le village, en jurant de n’y retourner qu’à la faveur de la disparition de son géniteur.

Ce qui m’a marqué

La plume de ce roman est vivante et addictive. Je n’ai pas encore eu le privilège de parcourir l’ensemble de l’œuvre de Mongo Beti, mais dans le cadre du parcours déjà effectué, Mission Terminée est selon moi, son roman le plus remarquable, d’un point de vue purement esthétique.

L’alliage entre le fond et la forme est excellent. L’auteur met en lumière la manière avec laquelle l’école coloniale transforme les modes de vie et crée une cassure entre les « évolués » et les « indigènes », à travers les types d’habitation, les modes de déplacement, les styles vestimentaires, les loisirs ; il exprime le sens et les limites du savoir scolaire ; il décrit la fascination que diplômés – ou prétendument diplômés – cause dans l’arrière-pays, introduit des pistes de réflexion sur la psychologie amoureuse… Aussi, il m’a semblé que l’auteur répandait le thème de la fracture générationnelle, à travers le conflit entre Medza et son père, compte tenu des différents types de socialisation.

A 25 ans, Mongo Beti maniait le verbe de manière imagée, avec une originale finesse, digne d’écrivains accomplis.

Lecture inoubliable !

Rendez-vous le 29 septembre pour éplucher l’épisode IX de Kálati

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© M²CD

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