La sagesse n’est-elle pas surcotée ?

 » Faut rien regretter. Revendique tes conneries. Elles sont à toi. Et surtout, vis à fond. On vieillit trop vite. La sagesse, ça sera pour quand on sera dans le trou.  » Jacques Brel

A 17 ans, Jaspion s’était rendu à une soirée aux côtés de son meilleur ami Bouboule.

Ils avaient emprunté la voiture de la maman de Bouboule pour rejoindre le lieu de festivités. Les évènements se déroulaient durant le mois de juillet, en pleines vacances. Se recensaient de la musique dansante, des boissons diverses, et de belles jeunes filles.

Jaspion n’était pas un grand habitué de spiritueux, mais la configuration de la pièce devait le conduire à réviser ses coutumes. Juste en face de sa table, se tenait une de ses camarades, qu’il convoitait depuis l’aube de la précédente année scolaire : la charmante Eustachette

Il ne pouvait pas se contenter d’engloutir des jus de fruits, d’autant plus que la gorge d’Eustachette jonglait habilement avec des gorgées de vin rouge. De surcroît, elle lui affectait des coups d’œil réguliers. Jaspion identifia dans cette attitude l’indice d’un défi à relever Pouvait-il se résoudre à passer pour un faible consommateur d’eau colorée? Bien sûr que non.

Dominé par l’exigence de paraître à la hauteur de l’enjeu, il prit la décision périlleuse d’avaler des verres de whisky sans compter. Il avait surestimé ses capacités d’absorption. Dès le deuxième verre, sa lucidité l’avait quitté, et logiquement, il n’était même plus conscient pour s’en rendre compte.

Son ami Bouboule tolérait encore moins l’alcool. Une pincée de bière diluée avait suffi à le faire délirer au milieu de la pièce. Seul sur la piste de danse, il se croyait néanmoins en compagnie de Charlotte Dipanda, sa fiancée imaginaire, et il lui assurait tapageusement un mariage somptueux aux Seychelles.

Au moment de s’en aller, personne n’avait cru nécessaire de les retenir, à défaut de les faire raccompagner. Ils entrèrent donc dans le véhicule qui leur avait servi lors du trajet primaire. Ils étaient ivres d’alcool, mais aussi de bonheur.

Jaspion était persuadé d’avoir fait bonne impression à Eustachette. Ayant relevé le défi avec brio, il passerait à l’offensive lors de leur prochaine rencontre.

Quant à Bouboule, rien ne pouvait entamer son enthousiasme à l’idée de terminer la soirée avec sa dulcinée. Dans son esprit rongé par la bière, Charlotte Dipanda était installée sur la banquette arrière. ll éprouvait d’ailleurs un vif sentiment de satisfaction, dans la mesure où il avait pris la peine de lui ouvrir la portière. Ce geste de parfait gentleman serait certainement considéré à son avantage.

Quelques rues après avoir enjambé la route, ils s’enfoncèrent dans une voiture vide. Le choc avait certes été violent, mais aucun des passagers n’était atteint. Seul l’état des automobiles trahissait la survenue d’une collision.

Le propriétaire de l’autre automobile surgit de nulle part, sans crier gare, mais en criant à la vue de son bien défiguré.
Soutenu par une force que seule l’inconscience peut prêter, Bouboule se rua sur le propriétaire, et déclencha une bagarre. L’accident et la tournure de la situation avaient permis à Jaspion de recouvrer une partie de son sens du discernement.

Il appela la maman de Bouboule.

Influencée par la tonalité de la voix de Jaspion, ainsi que des sonorités peu joyeuses en arrière-plan, elle ne douta pas de la gravité de la situation.

Jaspion avait réussi à convaincre le propriétaire de se calmer, et d’attendre la maman de Bouboule.

En panique, elle était arrivée sur les lieux une dizaine de minutes plus tard.

Après avoir rapidement recoupé les faits, elle garantit au propriétaire qu’il serait dédommagé à la hauteur de son préjudice. Ce-dernier exigea des excuses de Bouboule comme préalable à tout arrangement à l’amiable.

– Je ne peux pas, maman. Désolé

– Mais Bouboule, qu’est-ce que tu racontes ? Présente tes excuses au monsieur. La situation est déjà mal embarquée, n’envenime pas la situation

– Désolé, maman. Pourquoi m’excuser ? Je ne dois pas en avoir honte. Comprends que je suis encore jeune, et qu’il n’y a pas de temps pour les regrets. Je suis fier de cet accident, il me rendra plus mâture à l’avenir. La sagesse est surcotée.

– Bouboule, ne t’amuse pas avec moi. Ton père n’est pas encore au courant de cette affaire. Si tu continues à me réciter ce que tu lis sur les réseaux sociaux, je l’appelle tout de suite, et vous allez régler cela à deux.
– ……..

Je vous laisse imaginer la suite. C’est vendredi, je suis fatigué.

La vie est trop brève pour être petite
Faisons d’elle une balade inédite

© M²CD

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