Le vilain coronavirus

Il fut un temps où les hommes vivaient de football et de NBA. A cette époque bénie, ils étaient loin de s’imaginer dans quel océan de privilèges ils évoluaient.

Subitement, émergea le vilain coronavirus. Ce n’est qu’à ce moment, que les hommes réalisèrent la grâce qu’ils avaient cotoyée autrefois. L’ancien monde, n’était certes pas parfait, mais il s’en rapprochait nettement.

Des championnats en rafale tous les week-ends ; des prestigieuses compétitions en début et milieu de semaine, et pour les amoureux de la balle orange, trois à quatre nuits de voyages sur les parquets garanties de manière hebdomadaire.

Du jour au lendemain, tout cela leur avait été ôté. Sans préavis. Impuissants, ils ne pouvaient se tourner vers aucune instance afin de contester cette effroyable catastrophe. Et le pire, c’est qu’il méconnaissaient la durée de leur calvaire.

S’ils avaient obtenu une date certaine, peut-être auraient-ils vécu cette douleur avec plus de dignité.  Une date. Juste une date. Ils auraient coché la case correspondante sur le calendrier suspendu  dans leur chambre, et se seraient ranimés tous les matins, en sachant combien de jours les séparaient du bonheur.

Hélas, ils avaient droit tantôt à des dates purement indicatives, tantôt  à l’horrible expression « jusqu’à nouvel ordre. » Ne pas savoir quand se terminerait ce chemin de croix, là siégeait confortablement l’insupportable brûlure.

Il se mirent ainsi à regretter des matchs tels Galatasaray vs Bruges, ou Phoenix vs Detroit qu’ils méprisaient, car trop peu intéressants à leur goût.

Nostalgiques désormais, étouffés par les lamentations, ils auraient pu se contenter de ces affiches de seconde zone. Secrètement, ils se promettaient que si la providence leur restituait leur paradis perdu, jamais plus ils n’adopteraient pareil comportement d’enfant gâté.

Des groupes de soutien furent créés sur les réseaux sociaux, afin de canaliser la peine de ces êtres fragiles. Ils eurent par cette voie, l’occasion de collectivement se remémorer le passé glorieux. Ils y trouvaient une source mutuelle de motivation, et le fait de partager leurs malheurs leur offrait la positive illusion selon laquelle ils souffraient moins.

Aussi, des cabinets de psychologues furent assaillis de toute part via des consultations en ligne, tellement le traumatisme et le besoin de confier leur détresse étaient immenses.

Certains ne réussissaient plus à s’alimenter correctement, tant leur détermination à aller de l’avant s’etait amincie. D’aucuns essayaient de tromper leur chagrin, en visionnant d’anciens matchs sur Internet.

Cependant, comme ils n’ignoraient rien de l’issue de ces matchs, ils ne recueillaient qu’un plaisir ridicule à ingurgiter sans cesse ces rediffusions, de telle sorte qu’ils se retrouvaient presque toujours en train de sangloter énergiquement dans les bras de leurs compagnes, désespérés par la fadeur de leur quotidien.

Ils étaient d’autant plus désespérés que faute de distraction, ils devinrent de loyaux abonnés de Telenovelas, au point d’organiser des séances de décryptage en compagnie de leurs épouses et de leurs voisins. Et pendant ces séances, il leur arrivait de détecter dans les yeux de leurs épouses de la pitié à leur endroit. Lorsqu’ils y repensaient après l’extinction des lumières, ils ne pouvaient s’empêcher de libérer  d’abondantes larmes. Dans le calme de la nuit.

Il y en a également, moins nombreux, qui sombrèrent dans la quasi-démence, répétant sans cesse le nom de leur joueur préféré dans leur sommeil.

Les mois passèrent, mais pas le vilain coronavirus. Malgré eux, les hommes finirent par s’habituer à une vie orpheline de football et de la NBA.

Puis, durant une soirée passablement pluvieuse, dans un petit village, un médecin infusa des feuilles à un patient atteint de la vilaine maladie. Au bout d’une trentaine de minutes, le patient domina son état fiévreux, et recouvra pleinement ses facultés.

L’information fut initialement accueillie avec méfiance. Toutefois, les guérisons répétées au sein de divers espaces géographiques finirent par convaincre les plus sceptiques.  De cette manière, après de multiples mois d’angoisse planétaire, l‘heureuse nouvelle ne laissa plus de place à aucune spéculation : le vilain coronavirus était incapable de prospérer face aux feuilles de Ndole.

 

Grâce à ce traitement originaire du berceau de l’humanité, le football et la NBA rentrèrent à nouveau dans le catalogue du divertissement mondial, et recommencèrent à caresser affectueusement les âmes humaines. Et les hommes, éternellement indignes de confiance, recommencèrent à snober les affiches de seconde zone, et continuèrent à consommer assidûment les Novelas.

 

La vie est trop brève pour être petite

Faisons d’elle une balade inédite.

© M²CD

 

1 commentaire pour “Le vilain coronavirus”

  1. Que les hommes trouvent autre chose à faire ensemble… Corona ne s’en ira pas demain matin! Je doute fort que les Novelas soient l’ultime option…rentrons à l’époque du non-foot, l’époque du non-sport, l’époque du champ de maïs…

    En tout cas… Corona aura fait autant de mal que bien…

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