Les élites sont là.

Cette page est déserte depuis plus d’un mois, mais ne vous inquiétez pas, je compte m’amender. Il y aura une remontada, avec un texte relativement long dans deux jours.

Pour l’instant, intéressons-nous à ce que je vous ai promis il y a de cela quelques semaines : Les élites du XXIe siècle au Cameroun. Qui nous dirige ? 🎁

Il sera disponible dès demain à la Libraire Messapresse de Douala – en face de Zepol –

Les habitants de Yaoundé pourront le retrouver dès la semaine prochaine à la Librairie des Peuples Noirs – en face de la SNI –

La version numérique sera accessible dès demain, que vous soyez à Kolofata ou dans une grotte au Pôle Nord, via Orange Money ou Paypal

OM 👉 (+237) 6 94 72 43 89
Paypal

Update du 27 décembre 2019 : vous pouvez également vous procurer l’ouvrage via Amazon

Ci-dessous, vous trouverez les premières pages du livre, qui font office d’avant-propos. 📖

Étant donné que les critiques sont aussi utiles à la pensée que l’air aux poumons, vos opinions sont indispensables. ( Message adressé à ceux qui achètent des livres et ne les utilisent que pour se ventiler, lorsque Eneo leur rappelle qui est le patron. Honte à vous, je ne sais même pas comment vous réussissez à trouver le sommeil.😄)

La vie est trop brève pour être petite.
Faisons d’elle une balade inédite
©M²CD

#LireDélivre

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AVANT-PROPOS

Au cours de mon cursus sur les bancs de l’Université Catholique d’Afrique Centrale, en classe de licence, un de nos enseignants, Dr. Manirakiza Désiré, nous dispensant le cours d’anthropologie politique, avait mentionné un ouvrage d’un intellectuel et homme politique camerounais, M. Ngayap Pierre Flambeau.

J’avoue ne pas avoir fait de recherche particulière à ce sujet pour en savoir davantage. A peu près deux ans plus tard, j’avais aperçu ce livre dans une librairie à Douala, chose qui m’avait rappelé qu’un de mes enseignants nous l’avait conseillé. Mais ce n’est pas ce jour que je me le suis approprié. C’est par un concours de circonstances assez étrange, que je me suis retrouvé face à ce livre, une année plus tard, dans un centre culturel. Je l’ai lu avec appétit, et avant même de le terminer, j’ai su que j’écrirai ce livre.

Cameroun : Qui gouverne. De Ahidjo à Biya, l’héritage et l’enjeu. Cet ouvrage est une mosaïque détaillée la classe dirigeante au Cameroun entre 1958 et 1982. Pour ceux qui s’intéressent à l’histoire politique du Cameroun, et à l’histoire tout court, cette œuvre est précieuse. L’auteur tient compte de multiples facteurs pour présenter la classe dirigeante durant 24 ans. Il s’intéresse aux ministres, députés, hommes d’affaires d’envergure, intellectuels, tenants de la police et de l’armée, apparatchiks du parti unique…

Parce que le livre de M. Ngayap a été enrichissant pour moi, je me suis demandé s’il n’était pas possible d’effectuer un travail de ce type pour des générations futures. Des jeunes de mon âge ne savent pas comment fonctionnait l’ascenseur politique à l’époque du président Ahidjo, et son livre leur apporte des clés de compréhension. De la même manière, nos descendants auront les mêmes difficultés en ce qui concerne notre époque actuelle.

Par ailleurs, des jeunes – et même des moins jeunes – de cette époque ne connaissent pas véritablement les figures qui nous dirigent, et pouvoir leur en parler à travers un ouvrage tel que celui-ci est mon ambition.

Lorsque j’ai évoqué mon intention d’écrire cet ouvrage à certaines personnes, elles m’ont mis en garde contre les assauts du Bataillon d’Intervention Rapide, du Groupement Mobile d’Intervention, et de je ne sais quelle autre force policière.

Ces réactions au demeurant faites avec un soupçon de plaisanterie, traduisent un sentiment diffus dans la société camerounaise, qui veuille que l’on se tienne éloigné de certains sujets, surtout ceux concernant le pouvoir d’Etat. On estime que ce sont des sujets à risques. Des sujets qui pourraient nous attirer des ennuis, en raison de notre positionnement potentiel vis-à-vis des dirigeants.

Jean Bodin affirme qu’il n’y a de richesse que d’hommes. De la même manière, la richesse du régime politique camerounais n’est faite que des hommes qui l’animent. L’on ne peut apprendre à mieux connaître l’environnement politique de notre pays sans connaître les hommes qui structurent les règles applicables à tous.

Il ne faut donc pas se tenir éloigné des sujets qui concernent le pouvoir, car ce sont eux qui forgent la conscience politique d’un peuple. C’est d’ailleurs du niveau de socialisation politique d’un peuple que dépend son avenir. Le Cameroun dispose d’une population extrêmement jeune, plus de 50% de ses ressortissants ayant moins de 25 ans, et seuls 3% ayant 65 ans et plus. L’on entend trop souvent dire dans notre pays que les jeunes sont le fer de lance de la nation. Non, ils ne sont pas juste le fer. Ils sont la lance toute entière. On entend aussi qu’ils sont l’avenir. Là aussi, il y a déplacement de la réalité.

Au Cameroun, les jeunes sont à la fois le présent et l’avenir. C’est à ce Cameroun d’aujourd’hui et de demain que ce livre est d’abord destiné. Parce que la puissance démographique de cette jeunesse est indéniable, son poids politique doit être incontournable.

Ce Cameroun d’aujourd’hui et de demain est et sera amené à jouer un rôle dans la marche des affaires publiques. De ce point de vue, se familiariser avec les lois qui opèrent au sein des hautes sphères de décision est capital. Se rapprocher des questions relatives au pouvoir se pose comme une nécessité. En aucun cas, ce n’est un luxe. Maîtriser les codes politiques, ou au moins ne pas les ignorer, est un impératif.

Autant l’ignorance des pauvres ne profite qu’aux riches, autant l’ignorance des gouvernés ne profite qu’aux gouvernants. Endommager sans cesse cette inculture du jeu politique, tel est l’idéal pour des citoyens qui se veulent au fait des enjeux de leur temps.

Il faut néanmoins avoir l’obsession de parler de sujets politiques en évitant deux extrêmes. Le premier est celui qui consiste à vouloir plaire à tout prix. On peut ainsi se retrouver en train de légitimer n’importe quel phénomène, avec pour seule ambition de rentrer dans les grâces des dirigeants. Le second extrême réside dans la volonté de tout détruire. Avec l’esprit de critique comme instrument permanent du discours, l’on cultive l’incapacité à reconnaître la pertinence et l’utilité d’une décision publique, simplement parce qu’elle émane du pouvoir.

Travailler sur cette question m’a permis d’en apprendre énormément. Des ouvrages, articles scientifiques, articles de presse, documents officiels, lois, décrets et encyclopédies, m’ont été d’un grand secours en vue de la narration de cette étude. Pendant la collecte des données, plus j’endommageais le champ de mon ignorance, et plus j’étais conforté dans l’idée qu’un livre consacré à ce sujet vaut la peine d’être publié.

La principale difficulté a été de rassembler les données complètes sur les 181 personnalités qui font l’objet de cette recherche. Il m’a été impossible de le faire en totalité, compte tenu de la rareté de sources sur certains membres du gouvernement. Ainsi, dans certains tableaux, vous verrez des postes occupés par une poignée de ministres dans leur parcours, mais sans date. Vous vous rendrez sans doute aussi compte qu’il n’a été possible que de retracer les professions de 171 personnalités sur les 181 de départ. Il ne s’agit pas d’un oubli. J’ose espérer que vous ferez preuve d’indulgence à ce sujet.

Ce texte ne contient aucun élément de sensationnalisme. Je m’attèle à parler de nos gouvernants et des logiques du pouvoir d’Etat, en essayant autant que faire se peut de rester adossé sur les faits, et de les analyser selon mon entendement. Je n’aborde que le cas des ministres, pour une raison naturelle.

Le régime politique camerounais, dans la pratique, ne laisse pas beaucoup de place à l’équilibre des pouvoirs. En théorie, il est semi-présidentiel, avec des pouvoirs de contrôle conférés au Parlement. En pratique, il est présidentialiste : l’exécutif, fort de son obésité dans le corps social, masque les autres segments, les membres de ces-derniers se démenant bien souvent pour conquérir un poste au gouvernement. Dans ce contexte, pointer le curseur sur les hommes que le Président de la République choisit pour l’accompagner dans sa politique de développement, me paraît primordial.

Pour qu’il n’y ait aucune confusion dans l’esprit du lecteur, il est important de rappeler le cadre précis de ce travail. Je ne m’intéresse qu’au cas des personnalités qui ont occupé des fonctions au gouvernement entre les remaniements ministériels du 18 mars 2000 et du 02 mars 2018. Cependant, je ne m’interdis pas de revenir sur leur parcours au sein de l’administration, remontant pour certains aux années 50.

L’existence d’un membre du gouvernement est semblable à celle de n’importe quel organisme vivant. Elle est décomposée en trois phases.

D’abord, la naissance. Ici, c’est le lieu de s’intéresser à la route académique/professionnelle empruntée par chacun des futurs membres du gouvernement.

Ensuite, la vie proprement dite. L’objet de cette séquence est d’aborder la dynamique observée pendant l’exercice des fonctions ministérielles.

Enfin, la mort. Lorsque la magie du décret cesse de faire effet, c’est une autre étape qui démarre.

Ainsi, nous allons étudier tour à tour les profils et les circuits qui ont la faveur du décret présidentiel ; la distribution ethno-régionale, temporelle, familiale et par genre du pouvoir ; et les trajectoires des anciens ministres. Autrement dit, la vie pré-gouvernementale (Chapitre I), la vie gouvernementale (Chapitre II) et la vie post-gouvernementale (Chapitre III) dans le Cameroun du XXIe siècle.

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