L’immigration clandestine…

L’émergence au premier plan de la traite des Noirs en Lybie a permis de mettre en lumière un phénomène ancien. La conjoncture médiatique nous donne la possibilité de nous y attarder. Il s’agit du fait pour les Noirs de quitter leur pays pour rejoindre l’ « eldorado occidental » de façon clandestine.

Précisons d’abord que lorsqu’un problème social se pose, il est plus utile de s’intéresser d’abord à ce que l’on peut faire au plan personnel pour limiter ses effets, avant d’interpeller d’autres acteurs. Si on refuse de le faire, on donne aux autres, consciemment ou non, un pouvoir qu’ils n’ont pas sur nous.

Cela ne signifie pas pour autant que l’on minimise le rôle que les autres acteurs ont à jouer dans la résolution dudit problème. On se concentre simplement sur nous, parce que personne ne peut nous aimer mieux que nous-mêmes.

Immigration clandestine : des visions antagonistes

Lorsque nous parlons de l’immigration clandestine, il y a de manière générale deux camps qui se font face. Le premier estime que les conditions de bien-être ne sont pas réunies dans des pays d’Afrique Noire, et c’est la raison pour laquelle d’aucuns préfèrent s’en aller, au péril de leur vie. L’immigration clandestine est donc la conséquence de la mal gouvernance ; il ne faudrait pas blâmer les migrants, mais les dirigeants qui ne font rien pour les faire rester chez eux.

Le second camp soutient que bon nombres de migrants clandestins réussissent à rassembler en monnaie locale, l’équivalent des milliers d’euros dans leur pays avant de démarrer leur aventure, et que l’argument de l’insuffisance matérielle ne tient pas la route dans ce cadre, parce qu’avec beaucoup moins d’argent, des compatriotes se battent sur place.

Lorsque vous martelez qu’il ne faudrait pas faire le voyage vers l’Europe de façon clandestine en raison des risques encourus, il y a souvent des réponses toutes faites que l’on vous balance.

1- Si tu en avais la possibilité, tu serais déjà là-bas (pour celui qui est en Afrique)

2- Toi qui parles, pourquoi tu n’es donc pas resté dans ton pays ? (Pour celui qui est en Occident)

De prime abord, la question n’est pas de savoir quelles sont les préférences géographiques des uns et des autres. Les phénomènes migratoires ont toujours existé, et ne sont pas prêts de s’arrêter. Chacun est libre d’aller vivre où bon lui semble. Mais l’on peut s’interroger sur les conditions du voyage, surtout lorsqu’elles mènent vers la mort et ses dérivés.

Des paradoxes migratoires entre Afrique et Occident

Par ailleurs, la deuxième réplique fait ressortir un paradoxe intéressant. Si l’on admet que des Noirs quittent leur pays parce qu’il n’y a pas d’opportunités chez eux, pourquoi des Occidentaux quittent leur pays pour nos villes africaines ? [Chez eux, nous sommes immigrés, mais chez nous ils sont expatriés. Ah le pouvoir des mots….]. Mais que font-ils dont chez nous ?

Quand l’on apprend qu’un Camerounais donne 7000 euros à un passeur pour arriver à Sabratha (Lybie) et ensuite rejoindre la France ou l’Italie, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec les petits français qui courent dans des magasins et restaurants à Douala.

Que va-ton chercher de façon clandestine, avec autant d’incertitudes dans l’esprit et d’argent dans des poches, alors que ceux chez qui on va sont gaillardement installés chez nous ? Il y a deux extrêmes qu’il faudrait éviter. L’un consiste à dire qu’il n’y a pas de difficultés chez nous ; l’autre donne l’impression qu’ « il n’y a rien au pays. »

Des riches et des pauvres, il y en a partout. Des jeunes français se plaignent du chômage chez eux, mais certains Africains risquent leur intégrité physique pour y aller, au motif qu’il n’y a plus d’espoir au pays. Curieusement, des jeunes français tiennent le même discours que des jeunes camerounais : « nos dirigeants s’en mettent plein les poches, ils ne font rien pour nous ».

Un destin migratoire peu reluisant

Je reste quand même convaincu que ceux qui n’ont plus aucune alternative chez eux, n’ont pas la capacité de quitter leur pays avec des millions de FCFA. A écouter beaucoup de ceux qui veulent s’en aller, et même ceux qui ont réussi à retourner chez eux en un seul morceau, c’est davantage le fait d’être en Europe qui est une réussite et qui motive. Les industries médiatique et cinématographique occidentales jouent aussi un rôle qu’il ne faudrait pas négliger dans cette mouvance.

Il est important de cesser de stimuler des gens, simplement parce que quelques-uns envoient des euros de temps en temps. Parmi les migrants clandestins, il y en a qui n’ont pas la « chance » de savoir combien ils coutent au marché des esclaves ; ils meurent bien avant d’arriver en Afrique du Nord. Il y en a qui se font kidnapper, et les familles restées au pays envoient des milliers de francs CFA aux ravisseurs, alimentant le système de traite.

Il y en a qui réussissent à échapper aux griffes des esclavagistes, mais lors de la traversée vers l’Europe, les bateaux chavirent et leurs corps sans vie sont repêchés dans la Méditerranée pour entretenir le trafic d’organes. L’on parle beaucoup de l’esclavage ces derniers-temps, mais l’on mentionne moins les nombreuses familles africaines qui font le deuil de leurs enfants, sans leurs corps, depuis des années.

En juin 2016, l’organisation internationale des migrations parlait déjà de plus de 10 000 morts en Méditerranée depuis 2014. Pointer les responsabilités occidentales n’a pas empêché que l’on en dénombre près de 3000 morts depuis le début de cette année.

Il y en a aussi qui arrivent sur « la Terre promise » et sont parqués dans des camps en France, en Italie ou en Espagne. Très peu parmi ces clandestins arrivent en fin de compte à se mouvoir comme bon leur semble en Europe, comparativement au nombre de départ. C’est sans doute leur réussite qui a l’effet d’un haricot magique (confère Dragon Ball, pour les non initiés) dans le subconscient de ceux qui sont restés au pays. Chacun se dit : « s’il a réussi, pourquoi pas moi ? »

Au-delà de la gouvernance publique : la responsabilité individuelle

On ne peut pas d’une part, s’insurger contre le fait d’exposer et de vendre des hommes comme des chèvres, et d’autre part, miser sur des hommes comme s’ils étaient des chevaux de course, et espérer qu’ils passent à travers le désert, les trafiquants, la mer et toutes sortes d’obstacles.

Dans nos familles, nous devons cesser d’encourager ce phénomène. Sans cacao, il n’y a pas de chocolat. De la même manière, sans un tel mouvement clandestin, un trafic de cette nature est maladif, et les cimetières à ciel ouvert beaucoup moins peuplés.

On peut reprocher tout ce que l’on veut à nos dirigeants, au sujet de l’insuffisance de politiques publiques dans de nombreux domaines. Mais au bout du compte, chacun est responsable de son destin. D’ailleurs, ceux qui estiment que tant qu’il n’y aura pas d’eau, d’électricité, de nourriture et de travail pour tous, ils essaieront de rallier l’Europe à la nage ou à vélo, savent que leurs potentiels bourreaux seront insensibles à cette réalité.

On peut développer toutes les théories, au demeurant pertinentes, au sujet de l’amélioration du cadre de vie dans nos pays, mais cela ne se fera pas dans l’instant. Pendant ce temps, les criminels du Sahel et du Maghreb ne se mettront pas en chômage technique.

Certains Etats africains ont entrepris de rapatrier leurs ressortissants, c’est appréciable. Mais il y a toujours de nouveaux candidats au départ. S’ils remplacent ceux qui viennent d’arriver, à la recherche d’une « vie meilleure », l’on aura simplement déshabillé Kunta pour habiller Diallo, et l’on n’aura résolu aucun problème à court terme.

A ce moment, il y a lieu de craindre que le sujet de l’esclavage ne soit plus à la une des journaux, et que les avions que toutes les caméras filment avec empressement aujourd’hui prennent d’autres directions demain.

PS :

1- Ce texte ne parle que de l’immigration clandestine

2- La disparition du guide Khadafi n’a fait que rendre le phénomène exponentiel, mais elle n’a rien créé.

La vie est trop brève pour être petite
Faisons d’elle une balade inédite

© M²CD

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1 commentaire pour “L’immigration clandestine…”

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