Que peut-on dire de ‘’Black Panther’’, la sensation de ce début d’année ?

Black Panther, le phénomène du moment

Rares sont ceux qui n’ont pas entendu parler du dernier né de la grande famille Marvel. Après l’infidélité douloureuse que nous a infligée Canal Olympia, j’avais jugé utile de ne plus tenir compte du buzz effrayant autour de cette affaire, et de ne même plus le visionner.

Mais ces derniers jours, j’ai lu quelques textes au sujet de ce film, certains étant complètement opposés aux autres. Je ne savais pas quoi retenir, car n’ayant pas vu le film.

Pour en dire quelque chose, honnêteté intellectuelle oblige, il fallait donc prendre connaissance du contenu du spectacle, au lieu de lire la lettre dans l’enveloppe, et risquer de débiter des énormités tout droit sorties de mon imagination.

Précisons qu’il n’est à aucun moment question pour moi de dire comment et où le film aurait dû être tourné, et avec quel scénario. Si je le faisais, il y en a qui me rétorqueraient que je n’ai qu’à financer mon propre film, adossé sur le scénario qui me convient. Et ils auraient entièrement raison. Ceux qui ont produit ce film ont la latitude de lui donner l’orientation qu’ils souhaitent.

C’est leur argent, après tout. Il ne s’agit dans ce texte que de donner un avis hautement subjectif sur les tenants et les aboutissants de cette production.

Les médias, de puissants instruments de propagande

Ce qui me paraît le plus important dans cette histoire, et ce pourquoi j’ai donné volontiers mon argent à cette industrie, c’est que le cinéma est un véhicule d’idées. De manières de faire. De manières de sentir, et aussi de se sentir. C’est un instrument. Un instrument très puissant.

Si l’industrie cinématographique était une armurerie, sa branche américaine en serait l’arme la plus puissante. C’est à travers le cinéma américain que la crainte du communisme a été installée dans le monde. C’est à travers le cinéma américain que la frontière mensongère entre le Nord riche (Occident..) et le Sud pauvre (Afrique, Amérique Latine…) est présente dans les esprits.

L’exemple du petit écran

Pour les plus jeunes – ou les moins vieux qui sont coutumiers des séries américaines, elles modèlent nos consciences tous les jours.

Qu’on le veuille ou non, la bordure entre le bien et le mal est quelque peu brouillée avec une série comme Suits. On se retrouve à éprouver de la sympathie pour le tricheur qu’est Mike Ross, alors même qu’objectivement, il mérite toutes les misères qui lui tombent dessus.

L’on peut dire sensiblement la même chose pour James Saint-Patrick alias Ghost dans la série Power. C’est un truand. Un meurtrier. Mais le téléspectateur en arrive à espérer qu’il s’en sorte. La violence est banalisée jour après jour dans ces séries (peut-être pour légitimer le port d’armes, je n’en sais rien).

Dans la série Banshee, le personnage de Job – l’homosexuel asiatique – est présenté comme un ami loyal, utile et drôle. Tout au long des saisons, c’est comme si l’on vous demandait en permanence : « Qu’est-ce que tu reproches même aux homosexuels ? Ne sont-ils pas comme toi des hommes à part entière » ?

Un des personnages homosexuels de la série Glee dont j’ai oublié le nom – oui, je confesse honteusement avoir visionné cette série un jour – est aussi très fragile et généreux. Dans la série Shameless, Ian Gallagher est un homosexuel bipolaire, ne sachant pas trop quelle orientation donner à son existence.

Vous avez sans doute en tête d’autres personnages homosexuels sciemment attachants, ou vulgairement ordinaires. L’objectif est ici de les présenter comme des êtres humains au même titre que les hétérosexuels – ce qu’ils sont d’ailleurs – et banaliser le phénomène. Là aussi, qu’on le veuille ou non, une bonne couche de notre génération est/sera moins virulente vis-à-vis de l’homosexualité que les précédentes.

Le message de Black Panther

Alors, il m’avait semblé utile dès le départ de découvrir Black Panther pour savoir quel est le message qui y est associé. Tout le vacarme autour du film se justifie à mon avis en partie par cette volonté de démarrer l’installation d’un logiciel dans nos esprits, ou d’effectuer une mise à jour. L’on m’a dit que ce n’est qu’un film, et qu’il faut le prendre comme tel. Un divertissement. Sans plus. Mais il y a toujours un plus. Fatalement. Le cinéma n’est jamais neutre. Un film de cette envergure, encore moins.

Je l’ai finalement visionné ce mardi. Et comme je m’y attendais, je n’ai pas été déçu, ni sur la forme, ni sur le fond.

Une animation réussie

Sur la forme, c’est du grand art. Une pointe d’humour enveloppe le film durant plus de deux heures. C’est véritablement agréable. Les décors sont prodigieux, la musique est variée et envoutante. Les costumes sont impeccables. Il y a des scènes qui m’ont littéralement donné des frissons (la réapparition du Roi que ses sujets pensaient décédé ; la scène des boucliers en tissu pagne..)

Sur le fond, le film met en opposition deux cousins du Wakanda au sujet du combat pour l’émancipation des Noirs. L’un pense que les ressources du Wakanda, pays très riche, doivent d’abord servir les intérêts de ses habitants. L’autre estime que les richesses du Wakanda peuvent permettre aux Noirs du monde entier de se libérer des chaînes de la misère.

De grossières représentations

Mais d’où vient-il que l’on caricature aussi grossièrement le personnage qui milite pour l’unification des opprimés noirs de par le monde ? Il est présenté comme assoiffé de pouvoir, habité par l’esprit de revanche, violent, et surtout extrémiste. Il ne conçoit l’émancipation de la communauté noire que part l’extermination des Blancs. Il faut donc le neutraliser à tout prix, car il va causer la perte de l’humanité.

Heureusement pour la sécurité du monde, il y avait entre autres un agent de la CIA dans les parages. Il a mis son grain de sel dans la bataille contre le méchant cousin, et contribué au sauvetage du Wakanda. C’est du classique. L’idée selon laquelle l’Afrique a toujours besoin de la béquille occidentale pour éviter la noyade a décidément la peau dure.

Pour couronner le tout, le film se termine par quelque chose de risible : l’aide internationale. Le méchant épris de vengeance a été vaincu, et son cousin prend finalement conscience du fait que le Wakanda peut aider les Noirs du reste du monde. Qu’est-ce qu’il a trouvé pour le faire ? L’aide internationale… Une vieille recette utilisée depuis des décennies et qui n’a fait ses preuves nulle part.

Un résumé peu surprenant

Au-delà de toutes les émotions que nous donne le film, que nous reste-t-il lorsque la musique de fin retentit?

1- L’on diabolise ceux qui se battent pour une synergie entre les Noirs du monde entier

2- L’on met en filigrane l’idée selon laquelle l’Occident aura toujours un rôle à jouer dans notre survie

3- L’on préconise le statu-quo : la coopération internationale

En fin de compte, Black Panther est un très bon film, comme l’industrie du cinéma américain sait en produire. Aucun cinéphile sérieux ne peut soutenir le contraire. Mais ce n’est à aucun moment un film qui milite pour l’émancipation des Noirs, ou la valorisation de son potentiel. Ce n’est à aucun moment un film qui tient à donner de bons modèles à l’Afrique.

Ce que je retiens

Il ne suffit pas de réunir dix acteurs Noirs au millimètre carré, et de leur distribuer des rôles de premier plan sous la supervision d’un réalisateur Noir, pour que le film soit automatiquement favorable à l’élévation de notre communauté.

(C’est à ce moment que je me rends compte que j’ai déjà rédigé 4 pages, et que certains lecteurs ont probablement pris une pause définitive depuis longtemps. Stoppons donc l’hémorragie.)

Cette séquence Black Panther qui a pris possession de la planète depuis des semaines m’a (ré) appris deux leçons fondamentales :

1- L’industrie américaine se réinvente sans cesse – ou du moins fait semblant – pour générer encore plus d’argent, et pénétrer encore plus les consciences en vue d’influencer les représentations mentales

2- L’Afrique n’a besoin que d’elle-même pour se hisser plus haut qu’un gratte-ciel. Parce que si le même enthousiasme que nous avons manifesté autour de Black Panther (qui n’est ‘’Black’’ que sur l’affiche) était le même pour les produits/services africains de qualité, Wakanda serait un village modeste, comparativement à notre majestueux continent.

La vie est trop brève pour être petite
Faisons d’elle une balade inédite

© M²CD

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