Rolihlala Mandela et Robert Mugabe : deux personnages à la fois similaires et différents.

Deux résistants au même parcours

Rolihlala Mandela nous a été, et continu à nous être présenté comme l’homme d’Etat qui a su pardonner à ses bourreaux, après avoir été en prison pour la liberté de son peuple.

Robert Mugabe a suivi le même itinéraire. Comme Mandela, il a été amené à prendre les armes face au colon, et comme Mandela, il a été emprisonné en raison de ses convictions et de son pouvoir de nuisance.

Les deux leaders, lors de leur séjour en prison, se sont vu refuser la permission du pouvoir colonial pour assister aux obsèques de leurs enfants.

Par ailleurs, chose sur laquelle les médias n’insistent pas, Robert Mugabe a, comme Mandela, amorcé un processus de réconciliation avec ceux qui l’avaient enfermé pendant plus d’une décennie.

Suite aux accords de Lancaster qui conduisent à l’indépendance du Zimbabwe, Mugabe devient premier ministre. Pendant des années, il va se résoudre à préserver l’unité entre colons et anciens colonisés. Ce sont les Blancs qui conservent la maîtrise de l’armée et des services de renseignement. Des postes de ministres et de députés leur sont aussi réservés alors que quelques temps plus tôt, ils le pourchassaient avec des armes.

Comme si cela ne suffisait pas, Ian Smith, le Premier Ministre raciste de l’époque coloniale, sera un de ses conseillers. Pour mieux comprendre, imaginez que Um Nyobe fut Chef du gouvernement camerounais, et eut nommé au poste de conseiller spécial le gouverneur français Pierre Mesmer, à l’avant-garde dans la chasse aux upécistes.

Comme Mandela, Mugabe avait fait preuve d’ouverture en n’appelant pas à la vengeance et en essayant d’associer bourreaux et victimes à la gestion du pouvoir.

Le tournant fatal pour Mugabe, et le succès définitif de Mandela

Cependant, à cette époque, 6000 fermiers blancs détiennent 50% des terres du Zimbabwe. L’ « erreur » de Mugabe est de penser qu’il peut redistribuer aux Noirs les terres qui leur ont été arrachées impunément.

Les Occidentaux ne lui ont jamais pardonné cette initiative. Si Nelson Mandela avait eu, comme Mugabe, le courage de redistribuer aux Noirs de son pays leurs terres, on peut être sûrs que la « communauté internationale » n’aurait pas été aussi élogieuse à son endroit, de sa sortie de prison à sa mort.

D’ailleurs, je ne me souviens pas avoir suivi beaucoup d’analyses sur le bilan économique de Mandela. Son fait d’arme est d’avoir pardonné aux Blancs et d’avoir accepté le statu-quo au sujet de la répartition des terres. Lorsque Mandela quitte le pouvoir en 1999, 4/5 des terres de son pays sont détenues par les anciens colons.

Robert Mugabe, soucieux de défendre son pays contre tout néocolonialisme, et poussé dans ses derniers retranchements par une opposition interne et externe, est devenu un tyran pour son propre peuple, craignant qu’on ne lui subtilise son pouvoir durement acquis.

Pendant que Mandela était à la tête d’une communauté noire relativement unie, le mouvement anticolonial noir du Zimbabwe était traversé par des divisions, notamment entre la tribu ndébélé et la tribu majoritaire shona (dont Mugabe est originaire). Comme le président Ahidjo avant lui, il s’est senti obligé de réprimer pour imposer son autorité. Des milliers de morts dans le Matabeleland, une tache sombre et indélébile sur son curriculum vitae.

On peut évidemment reprocher au président Mugabe de s’être éternisé au pouvoir, malgré l’âge, et malgré un cancer qui ne lui permettait d’être lucide que durant quelques heures par jour. Comme beaucoup avant celui qui était encore il y a peu le plus vieux chef d’Etat du monde, l’ivresse du pouvoir a eu raison de lui. La gestion économique de son pays est aussi à questionner, sans aucun doute.

De Gaulle disait que « la vieillesse est un naufrage ». Mandela l’a compris, et a su laisser à la postérité le souvenir d’un homme de paix et peu soucieux des honneurs.

Mugabe, le nationaliste ivre de pouvoir

Par ailleurs, Mugabe n’a pas su faire la part des choses entre vie publique et vie privée. Tandis que Mandela a écarté sa deuxième femme Winnie, qui se posait comme un obstacle à l’exercice de son pouvoir, Mugabe s’est laissé manipuler (sa maladie a sûrement facilité les choses), et ce sont les ambitions de sa seconde femme, Grace, qui ont scellé son sort politique.

En marge de toutes ses dérives, Robert Gabriel Mugabe, a été un anti-impérialiste primaire. Il ne s’agit pas d’une posture de circonstance, posture qu’un certain nombre de nos leaders ont uniquement lorsque leurs soutiens coloniaux d’hier finissent par les lâcher financièrement et les lyncher médiatiquement.

De son entrée en politique en 1960, à son éviction en novembre 2017, il s’est toujours tenu debout contre toute velléité de domination occidentale. Chaque fois qu’il s’exprimait sur une tribune internationale, il transmettait à l’Afrique la fierté de sa différence, tout comme le colonel Khadafi.

Il a su insuffler au continent l’idée que l’on peut rester fier malgré les difficultés, et que l’on n’a pas à courber l’échine face aux puissants parce que l’on souhaite avoir en retour des miettes de pain. Les sanctions économiques qui affluaient, les investissements directs étrangers qui prenaient d’autres directions, la mise au ban de son pays de la « communauté internationale » ne l’ont pas fait plier.

Il a réussi à véhiculer le sentiment selon lequel l’on peut exister sans rechercher le regard approbateur des anciennes puissances tutélaires. En cela, il rappelle Sékou Toure qui disait en son temps que la liberté dans la pauvreté est préférable à la richesse dans l’esclavage.

PS :

1- Mandela ne s’appelle pas « Nelson ». Lorsqu’il était jeune élève, sa maîtresse blanche a estimé que son prénom ‘’Rolihlahla’’ était trop compliqué, et lui a donné un prénom occidental. On connaît la suite.

2- Les parcours de Mandela et Mugabe rappellent dans une certaine mesure ceux de Martin Luther King et Malcom X. L’un pasteur, est adulé par les Occidentaux, l’autre militant engagé, beaucoup moins. Nous y reviendrons sûrement.

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© M²CD

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1 commentaire pour “Rolihlala Mandela et Robert Mugabe : deux personnages à la fois similaires et différents.”

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