« Si tu aimes le chien, tu aimes aussi ses puces » (Proverbe africain)

Suite à ma publication de lundi, relative à un extrait de mon livre, j’ai reçu des avis et des vidéos pour le moins troublants dans ma messagerie. De parfaits inconnus, de vieilles connaissances et des personnes relativement proches se sont jointes au mouvement. Des vidéos dans lesquelles des pasteurs prêchent la « bonne nouvelle », des messages de personnes m’expliquant qu’elles ne comprennent pas comment je peux penser ainsi, ou déclarant que Jésus me pardonnera, des versets de la Bible à l’appui…

Je vous prie de m’excuser

S’il y en a que j’ai déçu, j’en suis profondément navré. Mais je suis encore plus navré de vous annoncer que je vous décevrai de nouveau. Je ne fais rien d’autre qu’exposer mon point de vue, et je ne dévierai pas de ce chemin pour vous faire plaisir.

La question religieuse est d’après moi, un volet majeur de notre émancipation collective, et je ne me priverai pas d’en dire un mot selon mon entendement chaque fois que l’occasion se présentera. Si pour cette raison, d’aucuns veulent prendre leurs distances, j’en prends acte. Cela me confortera dans l’idée que j’ai bien fait d’écrire à ce sujet, parce que c’est précisément une des dérives que je dénonce.

On ne peut pas faire passer l’humain après les croyances, et se réfugier derrière la « parole de Dieu » pour justifier une telle ineptie. J’ai des amis croyants qui ont lu la partie de mon livre qui traite de la religion, et avec lesquels nous avons débattu et continuons à en débattre en toute sérénité. Nous restons en désaccord sur certains points, mais nous n’allons pas nous brouiller pour si peu.

Le sujet religieux, une question ordinaire

Après tout, la religion n’est qu’un phénomène social parmi tant d’autres. Ceux qui ne l’ont pas compris passent leur temps à semer la haine dans les cœurs et la mort dans les rues, lorsqu’ils ne divisent pas de nombreuses familles, en voulant convertir les autres à leurs dogmes. Il y en a encore qui s’obstinent à confondre d’une part, les religions des hommes, et d’autre part, Dieu : je leur souhaite beaucoup de courage, ils en auront certainement besoin à un moment, si ce n’est pas déjà le cas.

Selon Cocteau, « un beau livre, c’est celui qui sème à foison les points d’interrogations ». Mais encore faudrait-il lire le livre pour statuer sur sa beauté. Ce sont ceux qui de toute évidence n’ont pas lu mon livre, qui se contentent d’un extrait, et qui pensent avoir cerné ma démarche. C’était certes prévisible, mais non moins irritant. S’il en était encore besoin, je rappelle que cet ouvrage ne vous engage en rien, et surtout ne vous engage à rien.

Je ne m’érige pas en néo-pasteur à qui l’ange Gabriel serait venu souffler un message capital à livrer au peuple perdu et en détresse. Il y a déjà bien assez d’hommes dits de Dieu qui remplissent à merveille ce rôle risible dans notre société. Dieu ne m’a pas parlé pour dire à qui que ce soit ce qu’il devrait croire ou ne pas croire.

Je tiens à me faire lire par le grand nombre, afin de présenter d’autres perspectives de réflexion sur la façon dont nous vivons la religion au quotidien chez nous. Pour avoir moi-même cru en ces dogmes, je sais que l’éducation y joue un rôle déterminant. J’ai grandi dans un environnement catholique depuis l’enfance, et cela s’est poursuivi à Vogt (baptisé, communié et confirmé), Libermann, et l’Université Catholique d’Afrique Centrale. Je peux donc vous assurer que, sans être un théologien chevronné, je n’ignore en rien ces enseignements et autres paraboles. Gardez par conséquent vos versets pour vous, parce que ce n’est pas le sujet.

Le large champ du débat

Il devient même ennuyant de débattre de religion avec des chrétiens, parce qu’ils pensent naïvement que le Christianisme se résume à la Bible. C’est comme si un footballeur estime que son sport se limite au maniement du ballon, oubliant qu’il y a des règles qui encadrent sa discipline. A quoi lui sert-il de savoir jongler le ballon, s’il ne sait pas ce que c’est qu’un hors-jeu, ou encore la spécificité de la surface de réparation ?

Ce sont ces règles, relatives entre autres, à l’origine, à la rédaction et à l’impression des Bibles dans le monde, qui n’intéressent pas grand monde. Les chrétiens qui s’offusquent de la critique ne savent absolument rien de la Bulle papale Romanus Pontiflex du Pape Nicolas V, tournant pour l’industrie de l’esclavage des Noirs.

Ne leur parlez surtout pas de la géoéconomie religieuse qui se joue, avec des lieux saints qui ne peuvent jamais être chez eux, mais toujours chez les autres. Il y en a qui dépensent des millions pour aller se baigner dans le Jourdain, ou aller se recueillir dans des lieux où Jésus aurait vécu. Et bien sûr, on ne doit pas le relever, de peur de fâcher.

La bataille pour le contrôle du marché spirituel se joue depuis des siècles, avec pour seuls mobiles la domination des esprits et l’enrichissement exponentiel, mais nous sommes trop occupés à louer Jésus pour comprendre ce qui se joue. Ce n’est pas un hasard si les fidèles se satisfont à l’idée de fermer les yeux. Tandis que d’autres récupèrent les terres et comptent les billets, les fidèles attendent le Saint-Esprit avec les cils amoureusement enlacés.

La liberté de croire ou de ne pas croire

Mon objectif n’est pas de convertir qui que ce soit (convertir à quoi, d’ailleurs ?) ; il serait de toute manière prétentieux et foncièrement puéril de penser pouvoir y arriver par le biais de quelques formats inoffensifs. Il est question pour moi d’amener les gens à se poser des questions, et à interroger tout ce qui leur a été dit sur le plan religieux depuis qu’ils sont nés.

J’ajoute que si quelqu’un est anxieux à l’idée de lire quelque chose qui pourrait ébranler sa foi, le problème ce n’est pas moi, mais c’est bien lui. S’il est tourmenté parce qu’il craint de lire une vérité qui pourrait le secouer, c’est lui le problème, et non le texte.

Il y en a qui sont visiblement préoccupés par ce qui m’arrivera lorsque j’aurai quitté ce monde. N’ayez pas peur pour mon âme, n’ayez pas peur pour le sort que Jésus me réserve. Croyez en lui, il viendra peut-être vous sauver. Mes ancêtres avaient besoin de lui pendant qu’on les brimait en son nom durant plus de 400 ans, il n’est pas venu démentir.

Permettez-moi de croire que je n’ai pas besoin de lui pour réaliser ce pourquoi je suis sur Terre. Permettez-moi cela, ce n’est que de la tolérance, une notion très chère à l’homme que vous attendez depuis plus de 2000 ans. (Que celui qui n’a jamais péché me jette la première pierre). Et je sais que vous ne voulez pas le décevoir.

Je peux vous promettre que ça ira. Vaquez à vos occupations, continuez à rester en présence de Jésus. De mon côté, je continuerai à rester en son absence, et soyez certains que tout ira bien.

Non aux vérités absolues

Je ne vais pas réécrire ce chapitre de mon livre ici. Ceux qui sont vraiment curieux et qui cherchent à cerner mon point de vue global sur le sujet savent quoi faire. Ceux qui sont choqués aussi, peuvent me retirer de leur liste d’amis, ou se désabonner de cette page, et rester en paix avec leur conscience. Ce sera sans doute mieux, aussi bien pour eux que pour moi.

Je suis perpétuellement en quête de critiques constructives pour améliorer l’état de mes connaissances, et surtout pas des vérités absolues qu’on me ressasse depuis que j’ai 4 ans. Mao disait à ce propos : « La bouse de vache est plus utile que les dogmes. On peut en faire des engrais. », pensée que je partage avec un enthousiasme débordant.

Sur cette page comme dans mon livre, la religion n’est qu’un sujet parmi tant d’autres. Assurez-vous simplement de fermer les yeux pour ne pas lire ce qui vous dérange, à défaut de prendre définitivement congé de ma petite personne, et de tout ce qui s’y rattache.

La vie est top brève pour être petite
Faisons d’elle une balade inédite

© M²CD

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Extrait N°5 de l’Essai sur le discours du consommateur passif.

 

5 commentaires sur “« Si tu aimes le chien, tu aimes aussi ses puces » (Proverbe africain)”

  1. Je suis totalement d’accord avec toi sur le sujet. J’ai eu moi-même à faire face à ce type de critiques quand j’ai évoqué la question épineuse de la religion dans mon petit essai sur la relation entre le sous-développement économique de notre continent et l’aliénation culturelle victimes. En partageant les idées dans le groupe de promotion, on m’a répondu que je troublais la foi des autres. Et effectivement, il est troublé par des idées, il n’est pas toujours croyant, et il est remis en question pour trouver ce qui ne va pas et pourquoi pas espérer atteindre la lumière qui manque .

    La religion n’est pas la façon dont les hommes ont décidé de vouer un culte à cette entité supérieure qu’ils ont besoin. Il est donc illogique de penser qu’il existe une religion universelle à laquelle tous devrait se plier. Autant il y a des hommes, autant il pourrait avoir des religions. Je n’ai pas encore lu ton essai mais je pense que ton idée de la religion se rapproche bien de la mienne. J’ai d’ailleurs fait une publication sur mon blog concernant les fêtes en Afrique, et qui sont sur les faits étrangers à l’Afrique, ce qui perpétue et accentue même la soumission économique du continent. Et je précise aussi que j’ai grandi dans un environnement catholique, Collège puis Université. Et j’ai finalement fini par comprendre pourquoi le seul moment de la messe qui m’ait jamais été dit que le prêtre disait « je fais fais chier pendant les messes parce que ce n’est pas pas à moi. Cette religion qui nous a été imposée par le fouet et qui ramène des millions au Vatican était pas pour moi, même si j’ai forcé.

    Bref les intolérants continueront à l’être, et moi je comprends les voitures j’ai été dans la boîte. On croit que tout se résume à ce qu’on a dans la bible, alors que la bible en question n’est un livre dogmatique. Quand on demande à un intellectuel la preuve au Jésus ait existé, et il vous renvoyé à la bible, vous comprenez pourquoi l’Afrique traîne encore le pas.

  2. je suis totalement d’accord avec toi sur le sujet. J’ai eu moi-même à faire face à ce type de critiques quand j’ai évoqué la question épineuse de la religion dans mon petit essai sur la relation entre le sous-développement économique de notre continent et l’aliénation culturelle dont nous sommes victimes. En partageant les idées dans le groupe de ma promotion, on m’a répondu que je troublais la foi des autres. Et effectivement, celui qui est troublé par ces idées, c’est celui qui n’est pas profondément croyant, et il devrait se remettre en question pour trouver ce qui ne va pas et pourquoi pas espérer atteindre la lumière qui lui manque .

    La religion n’est que la manière dont les hommes ont décidé de vouer un culte à cette entité supérieure dont ils ont besoin. Il est illogique de penser qu’il existe une religion universelle à laquelle tous devraient se plier. Autant il y a des hommes, autant il pourrait avoir de religions. Je n’ai pas encore lu ton essai mais je pense que ton idée de la religion se rapproche bien de la mienne. J’ai d’ailleurs fait une publication sur mon blog concernant les fêtes en Afrique, et qui sont basées sur des faits étrangers à l’Afrique, ce qui perpétue et accentue même la soumission économique du continent. Et je précise aussi que j’ai grandi dans un environnement catholique, Collège puis Université. Et j’ai fini par comprendre pourquoi le seul moment de la messe qui m’ait jamais intéressé était quand le prêtre disait « Allez dans la paix du christ » : je me faisais chier pendant les messes parce qu’elle n’était pas à moi, cette religion qui nous a été imposée par le fouet et qui ramène des millions au Vatican, même si j’ai forcé.

    Les intolérants continueront à l’être, et moi je les comprends car j’ai été dans la boîte. On croit que tout se résume à ce qu’on a dans la bible, alors que la bible en question n’est qu’un livre dogmatique. Quand on demande à un intellectuel la preuve que Jésus ait existé, et qu’il vous renvoit à la bible, vous comprenez pourquoi l’Afrique traîne encore le pas.

  3. Retour de ping : Réponse au droit de réponse – La vie est trop brève pour être petite. Faisons d'elle une balade inédite.

  4. Retour de ping : Abus sexuels au sein de l’Eglise Catholique, bis repetita – La vie est trop brève pour être petite. Faisons d'elle une balade inédite.

  5. Retour de ping : Prologue de l’Essai sur le discours du consommateur passif. – La vie est trop brève pour être petite. Faisons d'elle une balade inédite.

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