Une réédition et une exploration

Comme convenu, nous y voilà.  Vous l’aurez compris, la réédition concerne l’Essai sur le Discours du consommateur passif.  Il fallait bien réviser la garde-robe du petit. Il grandit si vite.

Quant à Pensées d’un amoureux des Lettres, mon 2e enfant, il était temps de la présenter à la communauté. Elle est assez timide, et il a fallu passer par toutes sortes de subterfuges pour la convaincre de se dévisager en public. Parce que je suis un démocrate, et il m’aurait été insupportable de la contraindre à quoi que ce soit. Sa mère, très prompte à me crier dessus lorsque j’oublie un verre sur la table, n’a pas non plus été capable de brusquer notre enfant. Il semble qu’elle craint plus sa fille que moi. Et je ne le vis pas très bien. Nous en parlerons peut-être une autre fois.

Pour l’heure, quelques-mots ont été préparés pour vous :

Note de la réédition

La première publication de ce texte date de deux ans et trois semaines. Face à la nécessité de le rééditer, je me suis longuement interrogé sur la formule à adopter. Fallait-il simplement répliquer le texte en y insérant une note telle que celle-ci ? Ou fallait-il l’actualiser, à la lumière des évènements politiques de ces deux dernières années, et de l’évolution de mes connaissances sur la religion et l’inactivité des jeunes ?

Ce serait discourtois de ne pas reconnaître qu’un illustre auteur, en la personne de Aldous Huxley, m’a chuchoté des paroles déterminantes. Sur la préface de sa réédition de Le meilleur des mondes, il est permis de découvrir ceci :

[…] tenter de rapetasser une œuvre défectueuse pour lui donner une perfection qu’elle a manquée lors de son exécution primitive, passer son âge mûr à essayer de réparer les péchés artistiques commis et légués par cette personne différente qui était soi-même dans sa jeunesse — tout cela, assurément, est vain et futile. Et voilà pourquoi ce nouveau Meilleur des mondes est le même que l’ancien.[…] C’est pourquoi, résistant à la tentation de me vautrer dans le remords artistique, je préfère me dire que le mieux est l’ennemi du bien, comme le pire est celui du mal, et penser à autre chose . 

S’il m’était donné de réécrire cet essai, le concept du consommateur passif ne varierait pas, mais il perdrait inéluctablement une part de sa fraîcheur et de son originalité de départ. Je voudrais nécessairement rajouter et développer de nouvelles observations et pensées d’auteurs. La conséquence est que cela alourdirait le texte, chose que je tenais précisément à éviter en 2017. Par ailleurs, je tiendrais absolument à remodeler des phrases, afin de les rendre plus agréables à l’ouïe et à la vue, ce qui trahirait le décalage entre l’auteur d’il y a deux ans, et celui d’aujourd’hui, beaucoup plus soucieux du style littéraire.

Je dois également confesser que sur certains passages, notamment au sein du chapitre final, il aurait été plus juste d’établir une distinction entre entrepreneuriat et auto-emploi, bien que l’objectif d’autonomisation soit le même. Après coup, cette imprécision m’apparaît assez dérangeante. Aussi, à ceux qui se sont procuré la première édition en format papier, des incommodités de forme ont sans doute rendu la lecture relativement laborieuse. C’est le lieu de les remercier pour leur patience et leur indulgence.

Depuis 2017, l’espace socio-politique camerounais a connu des turbulences importantes, notamment liées à l’élection présidentielle du 7 octobre 2018. De multiples péripéties l’ont décorée : le climat social bouillonnant durant la phase préélectorale, la participation politique négligeable durant la phase électorale, les débordements inquiétants durant la phase postélectorale… avec en prime une opinion publique fortement segmentée, des représentations diplomatiques amochées et des opposants de premier plan paralysés dans les pénitenciers de la République. A cela, se greffe une exacerbation de la crise dite anglophone, ainsi que la survenue d’un dialogue national.

S’il fallait adapter ces nouvelles données au concept du consommateur passif, il y aurait énormément de points à nourrir. La raison la plus pesante du choix de simplement reproduire la première édition, est une question de perspective. Se cantonner à revoir et corriger un livre, est le moyen le plus efficace de s’empêcher d’en rédiger d’autres. Il n’est pas interdit de traiter, dans des productions prochaines, des thématiques connexes à celles du premier livre, avec des approches aussi différentes que neuves.

 

Note de l’exploration

Ecrire enseigne la patience. Il est des jours où en un éclair, l’on rédige des pages aussi aisément qu’un nourrisson invente des sanglots lorsqu’il tient à ce que sa maman le prenne dans ses bras. L’on ne réalise aucun effort particulier, les mots affluent et se coordonnent presque instantanément en vue de produire du sens. Cependant, il arrive que l’on aligne de nombreuses heures devant sa machine à écrire, et que l’on soit incapable de modeler une esquisse de paragraphe cohérent. L’inspiration rejette catégoriquement tout contact, comme si l’on était porteur d’un ignoble virus. Les pages blanches vous fixent, droit dans les yeux, muettes, narquoises à la limite, un sourire en coin, comme pour se venger des périodes de vaches grasses durant lesquelles vous les remplissiez avec facilité. Ce cycle peut recommencer ainsi durant plusieurs jours.

Au bout du compte, achever un texte – en admettant que cela soit possible – génère toujours de l’apaisement, et se figurer qu’il sera enfin sanctionné par la critique extérieure, de l’enthousiasme.

Selon Goethe, « on devrait souhaiter à tout homme sensé une certaine dose de poésie ». J’ignore si je suis sensé, mais des gouttes de poésie m’ont visiblement conduit à produire ce livre. Vous n’y discernerez pas nécessairement un fil conducteur. Les codes de la poésie classique ne font pas partie de mes préoccupations, et je m’en disculpe par anticipation.

Dans ce recueil, je partage avec vous des pensées relatives à l’amitié, au narcissisme, à la religion, à l’école, à l’intolérance… et également des constructions traitant de mélancolie, de séparation ou de passion. Que ces mots vous soient agréables, telle est mon espérance.

 

Extraits des ouvrages ici.

 

La vie est trop brève pour être petite

Faisons d’elle une balade inédite

©M²CD

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