Kàlati

KÁLATI.S01E06

L’Anglais George Orwell (1903-1950) nous parle du mythe de l’égalité à travers une fable animale. Par ailleurs, la Franco-camerounaise Calixthe Beyala (1961-) nous plonge dans l’obscur quotidien de Irène Fofo.

1- La ferme des animaux (1945)

L’auteur en quelques points :

De son vrai nom Eric Blair, Orwell est né en Angleterre en 1903. Après ses études, il s’engage auprès de la police coloniale des Indes en Birmanie. Excédé par l’impérialisme britannique dont il a été un exécutant pendant 6 ans, il démissionne et annonce à sa famille qu’il se consacrera désormais à l’écriture.

Ainsi, il s’en va à Paris, où il vit durablement une existence de clochard, avant de trouver une occupation de plongeur dans un restaurant. De retour en Angleterre, il devient maître d’école, ensuite est enrôlé dans l’armée, avant de faire son entrée dans le monde de la presse, d’abord comme speaker à la BBC, puis comme directeur de l’hebdomadaire The Tribune, Il sera plus tard envoyé spécial de The Observer en France et en Allemagne.

Il est emporté par une tuberculose, le 21 janvier 1950. Durant les 22 ans de son activité d’auteur, il a publié de nombreuses chroniques, romans et essais. Ses textes les plus importants sont 1984 – que je vous présenterai peut-être un jour – et La ferme des animaux.

De quoi parle La ferme des animaux ?

Ce roman est une géante métaphore. Orwell met en scène une ferme au sein de laquelle un soulèvement prospère. Par le biais d’un coup d’Etat, les animaux réussissent à renverser M. Jones, le patron de la ferme.

Septs commandements devant dorénavant organiser la vie dans la ferme sont adoptés. Les êtres humains sont désignés comme ennemis de la race animale, car responsables de toutes leurs souffrances.

Dans la nouvelle configuration de la ferme, l’égalité de tous est proclamée, et des projets sont annoncés pour améliorer les conditions de vie de tous les habitants. Fort de leur intelligence supérieure, les cochons sont désignés pour assurer la direction de la ferme.

Les deux têtes fortes du gouvernement, les cochons Napoléon et Boule de neige orientent les décisions publiques. Toutefois, des conflits de leadership répétés entre eux conduisent à une crise.

Napoléon constitue une police secrète à l’insu de tout le monde – il avait dissimulé et nourri des chiots, devenus plus tard des molosses acquis à sa cause –. Boule de Neige parvient à échapper à la garde rapprochée de son rival, et s’exile.

La dictature actée, l’unique commandant à bord dénature progressivement les règles communément validées. Il abolit les débats publics, et distribue les ressources publiques de manière inégalitaire, au profit du clan des cochons et de l’armée répressive.

Le climat social n’embellit pas malgré les promesses, et Napoléon présente Boule de Neige, son ancien rival, comme le coupable de ses échecs.

Napoléon finit par passer des accords économiques avec les humains, au mépris du principe sur lequel la ferme des animaux avait été bâtie. Les retombées de ces conventions ne profitent qu’à l’élite de cochons, le reste de la ferme voyant son temps de travail hypertrophié, et son train de vie atrophié.

Le livre se termine par un banquet au cours duquel cochons et humains se divertissent, tandis que les autres animaux, de l’extérieur, observent comment une tyrannie a été au fil du temps remplacée par une autre. Une tyrannie d’autant plus violente qu’elle s’adosse sur la volonté d’anciens alliés.

L’allure du récit

Le récit est scindé en deux temps inégaux. Durant le premier, très court, Orwell nous dévoile des facettes de l’existence animale. Il le fait avec un réalisme qui contraint le lecteur à se questionner sur le rapport que l’homme entretient avec ces êtres qui le ravitaillent : fumier, œufs, lait, viande…

Réside dans l’opinion publique l’idée selon laquelle il s’agit de réflexions de « pays riches », parce que lorsqu’on peine à trouver de quoi nourrir sa famille, les conditions de vie des animaux sont le cadet de nos soucis. Ce roman arrive à décrire de manière précise le quotidien des animaux en les personnifiant.

Orwell prend le soin de coucher leurs qualités et insuffisances, leurs traits de caractère et passions.

Est-ce que je deviendrai végétarien pour autant ? Malheureusement, le gigot de porc, c’est toute une histoire.

Cet ouvrage est une critique de la Révolution Russe dont il a observé les développements. Il est simultanément une torche qui nous permet de saisir les contradictions que portent invariablement les mouvements qui appellent aux changements politiques.

Le second temps du récit vous a déjà été exposé plus haut. Il parle de révolution et de contre-révolution. Dénuder les dynamiques politiques à travers une géante figure de style animale, c’est brillant. Par le biais d’une imagination débordante, l’auteur donne littéralement un cours de sociologie politique.

Orwell nous rappelle avec une justesse singulière que l’égalité est une quête permanente. Le commandement n°7 de la Ferme des animaux, « Tous les animaux sont égaux », est au gré des intérêts devenu « Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres. »

2- Femme nue femme noire (2003)

Qui est Calixthe Beyala ?

L’ auteure naît en 1961 au Cameroun. A 17 ans, elle arrive en France et suit des études de lettres et de gestion. Son premier roman, C’est le soleil qui m’a brûlée, est publié en 1987. Elle a obtenu le Grand Prix Littéraire de l’Afrique Noire (1994) pour Maman a un amant, le Grand Prix du roman de l’Académie Française (1996) pour Les Honneurs Perdus et le Prix Unicef (1998) pour La Petite Fille du Réverbère.

Parallèlement à sa carrière d’écrivain, elle milite auprès de nombreuses associations pour la reconnaissance des minorités, le développement de la francophonie et la lutte contre le Sida.

Par ailleurs, elle a été faite chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

De quoi parle Femme nue femme noire

Ce texte relate l’histoire de Irène Fofo, dans les rues d’une Afrique tourmentée par le désespoir des programmes d’ajustement structurel, et la misère de la résignation. Irène est une jeune fille de 15 ans.

Elle a deux passions : le vol et le sexe. Lors d’une de ses escapades, elle dérobe le sac d’une dame et s’enfuit dans un quartier voisin. Elle y rencontre Ousmane. Ce-dernier la recueille dans son foyer, et avec sa femme Fatou, l’érige au centre d’un vaste commerce sexuel.

Nymphomane de son état, Irène se satisfait de son nouvel environnement pendant des mois. Elle y apprendra les motifs de la vie de débauche qu’entretiennent Ousmane et Fatou.

Fatou, ne pouvant faire d’enfant, n’a eu pour seul choix que de composer avec la dépravation de son mari, afin de le maintenir auprès d’elle. Mais le trouvant un soir en train de donner de l’affection à une poule, elle décide d’en finir avec la vie, et se jette sous les roues d’une voiture.

A la faveur de cet incident, Irène conduit Fatou à l’hôpital, et décide de rentrer chez elle. Recherchées pour son vol, ses pulsions et elles se font lyncher par des justiciers de circonstance qui attendaient impatiemment son retour.

Style du récit

Ce texte attise la controverse, car considéré par certains critiques comme «pornographique». Il y a effectivement une forte charge sexuelle dans le récit, avec un langage assez cru.

Il m’a semblé que l’option prise par l’auteure vise à illustrer la violence de la société. Elle décrit la pauvreté matérielle, caractérisée par le manque de vêtements sur les corps, de matière sur les habitations, d’aliments dans les assiettes…

La double perversion de Irène peut donc se comprendre comme une rébellion face à l’ordre existant. D’une part, le vol, pour contrecarrer l’insuffisance du quotidien.

D’autre part, les plaisirs de la chair, pour symboliser la libération de la femme, son autonomisation dans une société patriarcale qui tient absolument à lui indiquer une ligne de conduite sexuelle. Elle relève au passage l’hypocrisie analytique selon que la luxure est le propre de l’homme ou de la femme.

De surcroît, en dehors du cadre sexuel, ce texte a une importante portée féministe. Irène s’insurge à de nombreuses reprises face au rôle domestique et passif de Fatou vis-à-vis de son mari.

Ce qui m’a fasciné dans cette lecture, c’est la capacité à utiliser un jargon très populaire, tout en y associant une plume de qualité supérieure. Au-delà de l’abondante forme libertine, les vertus esthétiques de ce roman sont remarquables

Kálati vous donne rendez-vous le 28 juillet pour l’acte VII.

La vie est trop brève pour être petite
Faisons d’elle une balade inédite

M²CD

Laisser un commentaire