Caricatures

Jeu dangereux

« Travailler dur n’a jamais tué personne. Mais pourquoi prendre le risque ? » Edgard Bergen

A l’université, Alphonsine devait affronter son premier examen. Elle comptait six chapitres à verrouiller, chacun d’eux comportant une infinité de sections et de sous-sections.

Consciencieuse comme toujours, elle était résolue à maîtriser chacune des pages de son cours du bout des doigts. Pendant que son amie Cunégonde sirotait des jus de fruits en visionnant des séries, Alphonsine scannait sans relâche chacune des courbes de ses cours. Il n’était pas question de générer une quelconque discrimination.

Chacun des chapitres devait être suffisamment dompté, afin d’écarter toute surprise lors de l’évaluation. Elle avait questionné Cunégonde sur les motifs de sa désinvolture à l’approche de l’examen. En retour, Cunégonde lui avait défendu de lui servir ce type de préoccupation à l’avenir. Un tel propos irrita Alphonsine, au point où elle décida de rompre tout contact avec son amie jusqu’au jour fatidique, et de se retirer dans ses appartements.

Elle détenait désormais une raison supplémentaire d’exceller. D’une part une note étincelante ne pouvait que favoriser son bien-être académique ; d’autre part, pensait-elle, plus l’écart entre sa note et celle de Cunégonde serait important, plus la douleur infligée par les paroles acides de Cunégonde serait tolérable. Ce n’était qu’avec pareille réalisation, qu’elle pourrait nettoyer cet affront.

Alphonsine était par ailleurs convaincue, à raison, qu’une note médiocre lui garantirait les sévères moqueries de Cunégonde. Sans doute pour l’éternité, et même au-delà. Elle n’apprenait plus ses leçons uniquement pour elle. Son honneur était en jeu. Ainsi, elle multiplia les sessions de lecture, au point où elle récitait des paragraphes entiers dans son propre sommeil, à son insu.

Quelques semaines plus tard, les fruits des révisions furent rendus publics. Alphonsine était anxieuse, alors même qu’elle était consciente d’avoir assez travaillé pour ne pas avoir à l’être.

Cunégonde ne prit pas la peine de se rendre sur le campus pour découvrir le résultat de son travail.

Elle poursuivait la troisième saison d’une nouvelle série.

Durant la dispensation du cours, elle avait remarqué que l’enseignant insistait singulièrement sur des aspects du cinquième chapitre. Alors, c’est l’unique chapitre qui avait eu le privilège de son attention. Et c’est précisément sur ce chapitre que l’épreuve s’était cristallisée.

Elle avait horreur de l’inutilité. Absorber des pages entières qui ne lui seraient peut-être d’aucun apport immédiat, cela l’insupportait. Elle aurait pu faire fausse route, mais concentrée au volant du chapitre cinq la veille de l’examen, elle ne l’avait même pas envisagé.

Avec l’esprit aéré, Cunégonde était allée à l’essentiel. Quant à Alphonsine, sans doute prisonnière d’une barrière de connaissances trop large, elle avait laissé quelques plumes dans la bataille du souvenir.

Cunégonde reçut 17/20. La meilleure note de la classe. Alphonsine la talonnait de près, avec 16/20.

PS : Cunégonde n’est pas un modèle à suivre. Ne faites pas cela chez vous.

Agréable weekend à tous.

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©M²CD

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