Caricatures

D’Artagnan

« Les saisons vont et viennent, continuent de s’écouler avec la même facilité, on peine, on oublie, mais on finit toujours par trouver le moyen de passer à autre chose. » Makenzy Orcel

Alphonsine l’avait rencontré durant sa fraîche jeunesse. C’est sa maman qui les avait liés, estimant qu’elle avait besoin d’un compagnon de son âge pour se sentir moins seule. Et pour cause, son frère, Jaspion, était trop occupé à se distraire à l’aide du football, en dehors de la concession familiale.

Même lorsqu’il se retrouvait en sa présence, il n’identifiait pas le moindre intérêt à entretenir sa petite sœur.

Dès le premier contact, Alphonsine avait ressenti une chaleur particulière à ses côtés. En effectuant les présentations, sa maman l’avait nommé D’Artagnan. Alphonsine avait tout de suite considéré l’originalité de son prénom.

Assez rapidement, D’Artagnan s’imposa comme un membre incontournable du quotidien de Alphonsine. Lorsque les cours prenaient fin, elle ne pensait qu’à reprendre sans délai le chemin du retour, afin d’informer D’Artagnan du contenu de sa journée. Au fur et à mesure que les années défilaient, elle avait achevé de trouver en lui un confident et un soutien indéfectible.

Il savait écouter, et ne se permettait jamais de l’interrompre. Il la comprenait infiniment mieux que ses parents et camarades. Alphonsine le devinait dans son regard, lorsqu’il la scrutait pendant ses séances de lamentation. Il ne lui était jamais passé par l’esprit de lui rétorquer que sous d’autres cieux, d’aucuns portaient des difficultés plus coriaces.

Ce qui rendait les discussions avec D’Artagnan encore plus précieuses, c’est qu’il remplissait à la perfection la faculté de conserver un secret.

Et puis, vint l’université.

Alphonsine devait apprendre à voler de ses propres ailes, et se séparer de son fidèle ami. Ce fut une indescriptible déchirure.

Cependant, elle n’était pas au bout de sa douleur.

Elle apprit la terrible nouvelle lorsqu’elle fit son retour à la maison pour les fêtes de fin d’année. D’Artagnan avait trouvé une âme sœur. Elle s’appelait Euthanasia, et elle mettrait bientôt au monde de magnifiques petits chiots. Durant les deux semaines de congés, elle eut du mal à reconnaître D’Artagnan. Il consacrait tout son temps à sa fiancée. C’est à peine s’il lui avait souri, lorsqu’elle avait effectué ses habituelles caresses sur son pelage, le soir de son arrivée.

Euthanasia prenait trop de place dans l’agenda de D’Artagnan. Et surtout dans son esprit.

La naissance des chiots ne résolut en rien l’affaire.

La nouvelle vie de famille de D’Artagnan, couplée à l’absence de Alphonsine, ne pouvaient qu’alimenter le fossé qui se creusait graduellement. C’est ainsi que des années de vie commune furent irréversiblement malmenées.

Alphonsine ne s’est jamais vraiment remise de cette mutation. Des années après, la cicatrice demeure humide. Chaque fois qu’elle croise le chemin d’un chien, elle se remémore les soirées calmes en compagnie de son vieux complice.

Elle sait qu’elle ne passera jamais à autre chose.

La vie est trop brève pour être petite

Faisons d’elle une balade inédite

M²CD

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