Caricatures

Le jet-setteur

« C’est lorsque l’on croit avoir tout perdu que le souvenir vous revient du bonheur enfui et que vous comprenez parfois dans un sursaut l’importance de ce qui vous a échappé« . Frédéric-Yves Jeannet

Jaspion était recroquevillé sur son petit lit, tétanisé par la faim. Il repensait douloureusement à la soirée arrosée de la semaine précédente. Des bouteilles d’alcool en n’en plus finir noircissaient la table de la boîte de nuit. Il avait jugé bon de dépenser sans compter, afin de prouver à ses camarades qu’il était une valeur sûre de la jet-set. D’ailleurs, il se faisait appeler « La tempête financière. »

Il se redressa douloureusement, afin de saisir son ordinateur et de démarrer le visionnage d’un film. Pensa-t-il, cette activité détournerait son esprit des signalements de son estomac. Mais son organisme était bien décidé à lui rappeler ses choix.

Jaspion repensa également à la sortie qu’il avait proposée à Ridette, une jeune dame qu’il convoitait superficiellement. Il n’avait pas lésiné sur les moyens pour corrompre la conscience de sa conquête : une robe, un parfum et un collier. Cependant, l’argent qu’il recevait de ses parents ne lui permettait pas de tutoyer ces excès.

Il évoluait dans un système d’emprunt que lui seul arrivait à comprendre, et duquel il arrivait toujours à s’exfiltrer.

Trois minutes après le début du film, ses sens lui indiquèrent qu’il valait mieux mettre un terme à l’activité. Sa vue était floue, et il ne saisissait qu’une phrase sur quatre. Ça y était. La fin. On viendrait le trouver dans sa chambre, inerte, la bouche ouverte, le ventre asséché par le manque. Il eut une pensée pour sa petite sœur Alphonsine, et il pensa à rédiger rapidement un testament pour lui léguer son ordinateur. Mais trop faible, il se résigna.

Et puis, il y eut un éclair. Il se souvint de la visite qu’il avait effectuée chez sa tante en début de mois. Elle lui avait talonné un billet de dix mille francs en guise de séparation. Avec une énergie insoupçonnable, il se mit sur ses deux pieds et entreprit des investigations dans sa penderie. Assez rapidement, il passa au peigne fin tous ses pantalons, et retrouva ce billet salvateur.

Les larmes aux yeux, il se promit de ne plus se mettre dans une situation analogue.

La vie est trop brève pour être petite

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