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La mort des dirigeants politiques ici ailleurs

Avez-vous aussi observé les batailles verbales qui ont lieu chaque fois qu’un homme politique d’envergure décède en Afrique Noire francophone en général ou au Cameroun en particulier, que certains s’en réjouissent, au point d’appeler la mort à viser avec plus de précision, et que d’autres s’offusquent de ces souhaits qu’ils estiment malsains ?

Ailleurs, lorsque des personnalités politiques décèdent au cœur de la vieillesse, elles ont quitté le pouvoir depuis un moment déjà. A l’annonce de leur disparition, le ressentiment des administrés à l’égard de ces anciens dirigeants a été affaibli par l’écoulement du temps.

Des journalistes et biographes, qui se succèdent dans les médias pour parler de ces figures disparues ont eu le temps de faire le bilan de leurs œuvres. Ces figures ont elles-mêmes rédigé des mémoires et/ou fait l’objet de documentaires au sein desquels elles ont partagé leur expérience de l’État.

Et même si leur cote de popularité demeure dérisoire malgré le storytelling autour de leur personne, il y a de toute manière de nouveaux dirigeants à détester pour les malheurs de l’instant. Leur mort produit dont de la nostalgie pour les uns, et constitue un non-événement pour les autres.

Par contre, sous nos cieux, où la longévité est prégnante, on remarque non seulement un défaut de compassion suite à la disparition de responsables politiques de premier plan, mais aussi une satisfaction non dissimulée.

Il y a sans doute des réformes qu’ils ont conduites, et qui ont amélioré un quelconque aspect du quotidien des citoyens – en règle générale, on s’en rend compte des années plus tard.

Toutefois, aucun recul n’est possible pour bon nombre d’administrés, parce que l’image des disparus est encore trop vivement associée aux malheurs de l’instant.

Ce qui, en principe, devrait mener à un cessez-le-feu politique, où l’on salue le parcours d’un adversaire malgré les injustices à lui attribuées, devient une séance collective d’exaltation et de libération du ressentiment.

Ne pouvant déloger les adversaires par la voie électorale, ou par la simple voie de la retraite politique, on compte désormais sur la mort comme alliée, cette dernière étant devenue le seullevier politique apte à consacrer un renouvellement de la classe dirigeante.

En somme, le pouvoir perpétuel à des hautes fonctions publiques ne fait pas qu’asphyxier la créativité et enfanter l’inertie. Il alimente aussi les penchants mortifères des classes dominées. Des couches entières de citoyens sont convaincues – évidemment à tort – que la disparition de quelques-uns réglera leurs pesanteurs quotidiennes.

Le voeu de mort, se posant comme la seule porte d’entrée du changement, est la manière la plus naturelle pour des frustrations âgées de multiples décennies, de s’exprimer. Et les discours à mi-chemin entre moralisme et religion n’y peuvent rien.

Tout comme il est vain de stopper la croissance d’un arbre par ses feuilles, en négligeant totalement ses racines, il est vain de condamner ceux qui manifestent ardemment leur désir de voir les familles dominantes endeuillées, sans en interroger les origines profondes.

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© M²CD

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