« Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends. » ???

Cette jolie et célèbre citation est de Nelson Mandela. Peut-être est-ce d’ailleurs parce que c’est lui qui en est l’auteur, qu’elle est autant connue et répétée. Et lorsque l’on connaît le parcours tumultueux du personnage, sa pensée ne peut que retentir avec plus d’acuité dans les esprits.

Cette citation véhicule l’idée selon laquelle la défaite n’existe pas, dans la mesure où une leçon nous attend toujours au bout du processus, même s’il est négatif.

Voiler son échec, une normalité

L’on remarque que cette citation n’insiste pas sur l’échec : « Soit je gagne, soit j’apprends ». D’un côté, la victoire ; de l’autre, l’apprentissage. Dans les deux cas, l’on remporte quelque chose. C’est un point de vue qui se défend. Il traduit le quotidien dans l’espace public, mais il ne traduit pas la réalité.

Dans l’espace public, nous mettons généralement – ce qui n’est en rien mauvais – en lumière nos victoires. Obtenir un diplôme. Monter avec succès une entreprise. Mettre au monde un enfant en bonne santé. Décrocher un emploi valorisant… On veut faire partager au monde la joie qui nous anime. Communiquer aux autres le bonheur qui déborde et que l’on ne tient pas à contenir.

Lorsque l’on essuie un échec, effectivement, on apprend. Mais on échoue d’abord. La leçon – que l’on ne tire pas toujours – de cette expérience avortée ne supprime en rien la souffrance du revers. L’échec d’un projet, quelle que soit sa forme, est toujours empreint de douleur. A travers un projet, c’est aussi une partie de soi que l’on porte.

La douleur liée à l’investissement émotionnel

Des années à se présenter inlassablement à un concours administratif, sans que l’on ne soit retenu. D’innombrables nuits blanches à réfléchir sur un business model, pour mettre la clé sous le paillasson après quelques mois d’activité, et voir s’éloigner ses maigres économies. Une décennie à mûrir des projets avec la personne dont on pensait qu’elle était notre âme sœur, pour en fin de compte devoir tout recommencer.

Au-delà de tout, à travers un échec, on perd toujours quelque chose qui n’a pas de prix : l’investissement émotionnel.

Bien souvent, l’on ne parle de son échec que lorsqu’on a réussi à le surmonter, et que la peine est loin derrière nous. On se pense en sécurité, loin de son aigreur, et l’on peut le narguer, en relatant la manière avec laquelle on l’a utilisé pour atteindre son but. Et de ce point de vue, ce n’est pas vraiment de l’échec que l’on parle, mais de son succès à travers l’échec.

Parce que l’échec est à certains égards une défaillance personnelle, on veut le garder pour nous. Ne pas nous présenter sous ce visage imparfait. Masquer notre fragilité en face d’un regard extérieur.

Trouver un canal de circulation

Il est pourtant vital d’en parler, peu importe le canal. Ne pas le laisser bouffer notre estime de soi de l’intérieur, dans un monde où les réseaux sociaux nous font en permanence croire que la vie du voisin est meilleure que la nôtre. Ne pas lui permettre de prendre le dessus sur nos aptitudes à rebondir.

Ce n’est pas parce que nous décidons de garder nos échecs pour nous, que cela prend moins d’importance. Ce n’est que dans le sport que les matchs nuls existent. Et encore, lorsque le Réal Madrid enregistre un match nul contre une équipe de moindre envergure, il le ressent comme une défaite. Inversement, il s’agit d’un triomphe pour l’équipe de moindre envergure. Dans nos interactions quotidiennes, soit on gagne, soit on perd.

Parce que les déceptions sont plus bouleversantes que les victoires, il faut créer un espace propre à soi pour les faire circuler. Sinon, elles s’accumulent encore et encore, et ne laissent plus de place aux potentielles prospérités. L’échec fait partie des choses les mieux partagées par les humains, et il peut être dévastateur. La dépression, ce n’est pas une affaire de Blancs.

La vie est trop brève pour être petite
Faisons d’elle une balade inédite

© M²CD

Lire aussi

Lettre à ma peur et à mon angoisse.

Tout cela pourquoi au juste ?