Lettre à ma peur et à mon angoisse.

Chères peur et angoisse

Nous cheminons ensemble depuis quelques décennies, et je dois dire que notre collaboration boiteuse est loin de me satisfaire. Je vous ai laissées prendre quelques libertés vis-à-vis de moi, et vous avez oublié que vous étiez à mon service, et non l’inverse.

Toi, ma peur,

tu as eu la funeste audace de penser qu’il est de ton devoir de m’imposer des limites. Et j’ai du mal à t’en vouloir, parce que je n’ai rien fait pour te rappeler à l’ordre. Mais il est devenu urgent de te recadrer, parce que tu prends déjà des proportions inquiétantes. Le fait pour moi de rester silencieux te donne l’impression que tu es la maîtresse de la maison. Ne te méprends plus, tu n’es que le majordome.

Oui, j’ai besoin de toi. J’ai besoin de toi, chère peur, pour réguler mes actions. J’ai besoin que tu me rappelles mes limites, de telle sorte que je m’entoure de précautions avant de tout mettre en œuvre pour les repousser. Me rappeler mes limites, oui. Me les imposer, non.

Tu es supposée me mettre en garde contre le danger, mais je ne t’ai pas recrutée pour me paralyser. Tu n’existes que pour me signaler que j’affronte une situation qui est nouvelle pour moi. Tu n’existes que pour me fournir l’intuition d’inventer quelque chose de différent.

Mais lorsque tu t’agites de façon tapageuse au lieu de me laisser agir sereinement, tu me pousses à ne rien faire, ou à prendre des décisions regrettables. Et c’est bien cela que je te reproche : tu es trop émotive, incapable de faire preuve d’un minimum de maîtrise de soi. Tu n’as pas qualité pour me conseiller, parce que tu n’en as pas les aptitudes. La raison est beaucoup plus outillée pour cette tâche. Laisse-la faire son travail, et contente-toi d’épouser le tien.

Quant à toi, chère angoisse,

je t’ai enrôlée pour me convier à faire le bilan de mon existence, épisodiquement. Ton contrat est saisonnier. Pour une raison ténébreuse, tu estimes que le repos est une notion insupportable, et de manière intempestive, tu débarques dans mes locaux.

Tu ramènes ton obscure silhouette sans chercher à savoir s’il y a du travail pour toi, et m’entretiens avec des récits qui ne me concernent pas, alors même que j’ai du pain sur la planche.

J’ai besoin de toi, afin que tu me pousses à me dévisager dans la glace, à m’ausculter de fond en comble, dans le but de savoir quels fragments de mon être méritent une attention particulière. Ce n’est qu’ainsi que je peux progresser.

Malencontreusement, tu disposes d’un agenda aux antipodes de cette logique. Tu consacres ton emploi du temps à me transmettre le virus de la comparaison. Ce dernier m’injecte l’impression fictive que tous les problèmes de la planète sont accrochés de tout leur poids aux murs de ma maison, me faisant une révérence moqueuse tous les soirs quand j’y rentre, pendant que les maisons des autres sont rendues légères par un bonheur immortel.

Evidemment, toutes les informations sur le monde extérieur que tu viens déverser dans le creux de mes oreilles ont un intérêt : amour, richesse, construction familiale… Mais elles n’ont pas le même intérêt pour tout le monde au même moment. Ressaisis-toi donc hâtivement, et cesse de ressembler à une petite écolière inapte au calme et à la retenue. Pipelette de bas étage. Utilise ta salive pour me pousser à m’améliorer, et non à me comparer.

NB :

Chères peur et angoisse, je vous adresse certes une lettre, mais je n’ai pas besoin d’adopter une quelconque formule d’amabilité avec vous. Le respect que je vous ai témoigné jusqu’ici est largement suffisant. La suite sera favorable, et je vous annonce que vous allez obtempérer. Si vous tenez à sauvegarder l’emploi qui vous permet de ravitailler vos familles respectives, votre marge de manœuvre est assez limitée.

Votre patron qui vous aime malgré toutes vos incartades. Bisous.

PS :

Chers abonnés, le 31 décembre dernier, je vous ai poliment demandé de me recommander des livres intéressants pour cette année. Vous m’avez tous royalement snobé. Tous. Lorsqu’une seule personne t’ignore en public, la douleur est insoutenable. Imaginez la honte et la souffrance qui flottent en moi, en sachant que vous êtes nombreux ici.

Vous avez intentionnellement fait du mal à un être fragile. Apprêtez vos mouchoirs, le karma sait faire son travail.

(Heureusement que ma grand-mère et son ndolè légendaire, dans leur infinie bonté, ont su me remonter le moral.)

Mensuellement, je produirai désormais des notes de lecture – ou ce qui s’y rapproche selon moi – de deux livres. La publication émergera le dernier dimanche de chaque mois. Il s’agira en principe d’un roman et d’un essai. Rendez-vous dans deux semaines pour le premier épisode de la série.

Même si vous avez été vilains, je vous souhaite de rendre cette année 2019 inoubliable. Dans le bon sens du terme.

La vie est trop brève pour être petite.
Faisons d’elle une balade inédite

© M²CD

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2 commentaires sur “Lettre à ma peur et à mon angoisse.”

  1. Retour de ping : « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends. » ??? – La vie est trop brève pour être petite. Faisons d'elle une balade inédite.

  2. Retour de ping : KÁLATI.S01E04

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