L’inclination pour le livre et l’inclination pour l’humain (Extrait du Journal d’un Confiné

Dimanche, 5 juillet 2020

Chaque fois que l’on entame la lecture d’un livre réputé, il ne peut y avoir que deux attitudes. Soit, au bout de quelques pages, on se dit « Mais qu’y a-t-il de si spécial dans cette œuvre ?», tellement l’ennui est continu ; soit on se dit « Il n’aurait pas pu en être autrement », tellement l’enchantement est renouvelé.

Dans le premier cas, on espère. Malgré l’écoulement du temps, on ne veut pas croire que la rencontre n’aura pas lieu. L’auteur a peut-être pris du retard, mais on se défend de penser qu’il n’honorera pas le rendez-vous. Alors, on continue à caresser le texte. On attend, avec quelquefois, la tentation de fermer définitivement le livre. On attend, se raccrochant à cette maxime de temps à autre erronée selon laquelle la patience est une vertu.

Lire aussi L’après-covid 19  (Extrait du Journal d’un Confiné

Et parfois, l’on est récompensé, car apparaît enfin une phrase, une scène, qui déclenche la randonnée spirituelle tant souhaitée. Parfois, malgré toute la persévérance qu’on y consacre, le lien entre l’auteur et le lecteur ne s’établit jamais.

Et peut-être que cette complexité de la littérature a pour fonction latente de nous préparer à la complexité des rapports humains. « Il n’aurait pas pu en être autrement » : c’est certainement cette impression que nous aimerions palper face aux personnes avec lesquelles nous nous résolvons à nous mettre en relation. Une connexion immédiate qui rende la marche commune agréable. Cependant, il faut souvent de la patience pour que se crée cette connexion, sans que l’on ait une quelconque garantie sur le caractère heureux du dénouement. Malgré la ténacité exteriorisée, il est même assez souvent malheureux.

Il est commun que le livre qui n’a éveillé en nous rien de particulier, ait totalement conquis de nombreux autres. Cela ne signifie pas nécessairement que ledit livre est dénué de mérite.

C’est que, à notre insu, nous recherchons, pour la satisfaction de notre esprit, des aliments bien précis. Et ce n’est qu’au moment où on absorbe ces aliments, que leur indispensabilité pour notre bien-être nous apparaît avec une remarquable clarté. Il suffit qu’ils manquent à l’appel, pour que les qualités de l’œuvre, quoique visibles, nous indiffèrent.

Par contre, lorsqu’on y découvre les aliments dont on a tant besoin pour être comblé, les défauts de l’œuvre, quoique déplaisants, nous sont amplement tolérables.

Lire aussi Que penser des marches du 22 ? (Extrait du Journal d’un Confiné)

L’inclination pour le livre n’est-elle pas, sur bien des points, conforme à celle de l’humain pour son semblable, à ceci près que la première est, quand on la respire, insusceptible de non-réciprocité, de caprice ou de rupture ? Et en raison de cette dissimilitude, l’inclination pour le livre n’est-elle pas, et de loin, la plus reposante des deux ?

 

La vie est trop brève pour être petite
Faisons d’elle une balade inédite

©M²CD

Lire aussi Journal d’un Confiné  (avant-présentation)

 

3 commentaires sur “L’inclination pour le livre et l’inclination pour l’humain (Extrait du Journal d’un Confiné”

  1. Retour de ping : Aperçu du journal d'un Confiné -

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *